
Janvier 2004
Chaque mois nous ferons le point sur les rééditions denregistrements historiques qui intéressent le collectionneur émérite.
Evidemment ces enregistrements nétant par définition (la technique!) pas destinés à être notés 10/10, nous avons créé une distinction («Archive» de ClassicsToday.com) pour signaler à votre attention les parutions les plus importantes.
Sagissant de la technique, sauf cas rarissime où la monophonie peut se quasiment se confondre en qualité de timbres et de dynamique avec la stéréophonie, et où sera alors accordée la note 6, les notes techniques denregistrements monophoniques seront donc plafonnées à 5.
Naxos poursuit lexploration du catalogue historique. Bonne pioche: lhéritage discographique de Nathan Milstein. Après un sidérant Concerto de Dvorak avec Dorati (+ Glazounov, Naxos 8.110 975) voici le second volume de la série, qui renferme lenregistrement de légende du Concerto pour violon de Tchaïkovski avec Frederick Stock à Chicago. Certes il y a cette coupure (habituelle alors) dans le finale, mais, par ailleurs, quelle justesse musicale, quelle distinction stylistique et, surtout, quelle prise de risques! Cet enregistrement, assez rare, qui avait connu sa meilleure édition chez Biddulph, est couplé ici aux concertos de Mendelssohn, (le fameux enregistrement avec Walter à New York en 1945) et de Bruch (Barbirolli, New York, 1942). Là aussi le naturel, la franchise de Milstein font mouche, même si le son du Bruch est un rien voilé (note technique 4). En tous cas cest un très grand disque de violon (Naxos 8.110 977, Archive de ClassicsToday-France.com).
Beaucoup plus pointu, le volume 2 consacré au pianiste Misha Levitzki et articulé autour de la 2e Sonate de Schumann et du 1er Concerto de Liszt, compositeur qui occupe largement le reste du programme avec quelques unes de ses pièces les plus connues. Cela commence très bien avec une Sonate de Schumann à la fois fiévreuse et parfaitement articulé et oujours parmi les meilleures. Pour le reste, on redécouvre un Liszt assez grandiloquent avec, en plus, sagissant du concerto, un accompagnement bâclé du LSO dirigé par Landon Ronald (Naxos 8.110 769, note 6/2).
On retourne au grand style et à la classe innée avec Benno Moiseiwitsch, dans un programme Rachmaninov (6 Préludes), Medtner (Sonate op. 22), Kabalevski (Sonate n° 3) qui lui va comme un gant. Derrière un bruit de surface des 78t assez palpable on sent laffinité toute particulière de Moiseiwitsch pour ces compositeurs-là (je parle de Rachmaninov et Medtner) et on trouve, malgré la précarité technique, une densité du son pianistique alliée à une respiration très libre des phrases. Lâme romantique Moiseiwitsch surprend et charme, sans épanchements excessifs, dans ce volume 7 que lui consacre Naxos - lun des meilleurs pour percevoir son art (Naxos 8.110 675, note 9/3).
Tahra rend un hommage inattendu à Leo Borchard (1899-1945), chef né à Moscou de parents allemands, qui dirigea les premiers concerts du Philharmonique de Berlin de laprès-nazisme, mais tomba sous une balle stupidement tirée par un soldat américain le 23 août 1945. Le disque présente la suite de Casse-Noisette enregistrée en 1934 et 1935 pour Telefunken, un petit bijou de finesse et de tact. Autre grand moment, le Stenka Razin de Glazounov, qui avait circulé sous le nom de Furtwängler et que Tahra réattribue à Borchard. Densité, éloquence: cest une très belle version qui illustre bien laffinité de Borchard pour la musique russe. Le reste (ouverture dObéron de Weber et Roméo et Juliette de Tchaïkovski) sécoute avec les oreilles du coeur et lémotion inhérente à la découverte de raretés. Car force est de constater que ni lune ni lautre des interprétations ne révolutionne quoique ce soit et que la bande du Roméo et Juliette est à maints endroits en piteux état. Une juste réhabilitation, mais pour historiens (Tahra 520, note 8/2).
Terminons enfin par une livraison Music and Arts dune surprenante qualité. Voir Clara Haskil à laffiche du 9e Concerto de Mozart et du Concerto de Schumann nest pas original, mais le couplage de ses prestations en 1953 avec Casals à Prades, dans le premier, et en 1955, avec Schuricht à Strasbourg, dans le second, est judicieux car il sagit de témoignages parmi les meilleurs laissés par Haskil dans ces oeuvres, notamment le 2e mouvement du Mozart et la vivacité générale du Schumann. Evidemment, le problème de lédition des concerts de Haskil demeure: on tourne toujours autour des mêmes uvres (Music&Arts CD 1126, note 9/4). Etonnant CD Bruno Walter, couplant Leonore 2 de Beethoven et la 9e Symphonie de Bruckner en mars 1946 à New York. La lacérante 9e de Bruckner est dune violence assez rare, très inattendue pour Walter. Petit bémol, on est exactement sur le même créneau interprétatif que Schuricht (concert Orfeo), mieux enregistré. Un très beau disque historique tout de même, et un «must» pour walteriens. Son clair mais agressif (Music&Arts CD 1110, note 8/3).
Plus inattendu encore, un bouleversant Concerto pour violon de Brahms par Bronislaw Huberman et Artur Rodzinski en 1944, cest-à-dire après laccident du violoniste. Et pourtant, cest instrumentalement impeccable et démontre une force de persuasion étreignante. Ce Brahms vous donnera des frissons (cf. la fin du 1er mouvement), tant Huberman, à fleur de peau, y est immense. En complément un excellent Tchaikovski en 1946 avec Ormandy, moins transcendant, mais qui tient très bien la route (Music&Arts CD 1122, note 9/5).
La dernière parution Music&Arts est un coffret rassemblant des concerts Mahler de Klemperer (2e à Vienne en 1963, 4e à Munich en 1956, 9e à Vienne en 1955, plus les Kindertotenlieder avec George London 1955) respectivement déjà édités par Music and Arts, Arkadia et Nuova Era. Ces documents sadressent évidemment aux fans du chef puisque ces symphonies existent toutes en versions de studio. Malgré une finition orchestrale moindre (cf. 9e) il y a cependant ici nombre de moments vraiment poignants pour tout mahlerien qui recherche des documents torrides (cf. 1er mouvement de la 9e!) (Music&Arts 4 CD CD 1123, note 8/4).
Christophe Huss
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