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L'édito de Christophe Huss
Et maintenant EMI-Warner?

C'est fait, enfin. Coup sur coup, la Commission européenne, puis les autorités américaines de la concurrence (Federal Trade Commission) ont donné leur accord à la fusion entre Sony Music et BMG. Enfin, parce que le regroupement était inévitable. Enfin, parce qu'au train où vont les choses, mieux vaut trois groupes forts que des majors abîmées aux pieds d'argile. Cela fait des années que Warner, EMI, BMG et Sony se tournent autour comme des tribus d'Indiens qui ne savent pas à qui s'allier pour garder leur parcelle du territoire face à Universal, le leader, et à la gangrène du piratage. La première tentative de mariage a été le fait de Warner et EMI, en 2000. Cette fusion avait été refusée par la Bruxelles. Pourquoi celle-ci est elle passée?

Il y a fort à parier que Sony et BMG, qui, dans l'affaire, deviennent Sony BMG Music Entertainment, dont le siège sera situé à New York, ont tiré les leçons du refus opposé à leurs concurrents en 2000. Ils ont, sans doute mieux que d'autres, su prouver que l'industrie a économiquement et pragmatiquement besoin de cette concentration. Rappelez-vous, il y a cinq ans l'idée même de concentration faisait peur (ah, la diminution de l'offre, du choix, etc.). On a vu depuis (cf. Warner Classic) qu'on n'avait pas besoin de fusions pour diminuer l'offre! Mais comme le formule bien l'AFP: «Sony et BMG présentent leur union comme un moyen d'affronter la crise du secteur provoquée selon eux par l'explosion de la contrefaçon de CD et du piratage par Internet». C'était cela l'angle de vue, et il est passé
Il ne reste plus à Warner et EMI de repotasser leur dossier. Car tout laisser à penser qu'il est naturel que l'industrie aille vers une concentration en trois pôles majeurs de force équivalente pour se partager les 80% du marché qui leurs sont habituels. Le problème aujourd'hui n'est pas tant de trouver des talents et de produire que de choisir les meilleures voies d'écoulement de ces productions afin de pouvoir encaisser les dividendes de celles-ci. Si BMG et Sony fusionnent c'est pour créer une entité amenée à faire des économies d'échelle (2000 suppressions d'emplois selon le Financial Times). Mais c'est aussi pour développer une stratégie de distribution, notamment concernant la vente de musique en ligne.

Evidemment Apple est dans la ligne de mire avec son site I-Tunes et ses 100 millions de téléchargements. Le nerf de la guerre ce sera d'avoir les droits (si on peut les faire respecter), les catalogues, la technologie et un pied dans les médias. Tout cela BMG et Sony l'ont. Sony a d'ailleurs déjà lancé un centre de vente en ligne, Sony Connect avec Apple en ligne de mire. Dans ce domaine, l'union fait la force. Le tandem Warner-EMI apparaît aujourd'hui quasiment inéluctable. Mais y aura-t-il autant de choses dans la corbeille de la mariée?

Christophe Huss

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