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LAST SONATAS
LUDWIG VAN BEETHOVEN
Sonate pour piano n° 32; op. 111
FRANZ SCHUBERT
Sonate pour piano D. 960

Zhu Xiao-Mei (piano)



Mandala- MAN 5085(CD)
Référence: Beethoven: Kovacevich (EMI); Schubert: Uchida (Philips)

rating

Quelle pianiste! Ce n'est pas la première fois que nous remarquons l'immense talent de Zhu Xiao-Mei, y compris dans des œuvres à la discographie très chargée (je pense en particulier aux Variations Goldberg de Bach ou à ses sonates de Scarlatti).

La pianiste, née à Shangaï et installée à Paris depuis 1985, frappe dans tous ses disques par la lucidité de sa vision. Ce n'est pas là une formule vaine ou vide se sens: l'idée de "lucidité" implique une vision du caractère inéluctable de la destinée. Dans une époque où la musique est majoritairement triturée par l'ego de des interprètes, un abord musical "lucide", d'un artiste qui s'expose mais sans prendre le compositeur en otage, est une qualité rare et précieuse, qui frappe au cœur et met les nerfs à vif.

Cette sensation de spirale, ni tragique ni amère comme chez Uchida, mais simplement subie comme quelque chose qui dépasse l'homme et l'artiste, on la ressent puissamment dans les développements des 1er et 2e mouvements de la Sonate D. 960 de Schubert. Il y a chez Zhu Xiao-Mei une intransigeance, une éthique du son. Dans le Scherzo de la D. 960 elle ne cherche ni à séduire, ni à "viennoiser". À peine ce mouvement est-il "con delicatezza": il est là comme un exorcisme vain de quelque chose de trop lourd à porter. De même, le Finale avance (certainement pas "ma non troppo" !) comme une course à l'abîme. C'est cela la force de Zhu Xiao-Mei: ne rien souligner, ne rien suggérer, mais par d'infimes détails (ponctuation de la main gauche dans ce Finale) cadrer tant et si bien les choses que l'auditeur devient prisonnier de son jeu. Et le "défaut" principal du disque, la dureté du piano dans les forte, n'en est pas un si l'on assume qu'il peut faire partie d'une soumission quasi masochiste de l'auditeur à une artiste pour qui rien ne doit être embelli ou arrondi.

Ce disque, qui ne fait rien pour plaire, n'est pas de ceux qu'on écoute en feuilletant un journal... Sur des bases totalement opposées à Uchida, Zhu Xiao-Mei réussit une D.960 aussi forte. Vous vous doutez donc bien que s'en remettre à une telle artiste dans l'Opus 111 n'est pas de tout repos. Là aussi, la prise de son qui n'enrobe rien accentue la puissance d'un premier mouvement tel un rouleau compresseur, sensation qui domine également dans l'Arietta. Pas de répit, de regard en arrière, de mélancolie, de pseudo-simili-jazz, mais un piano unique et juste, implacable témoin de la fuite du temps. On a entendu de cela dans les interprétations de Kovacevich. Zhu Xiao-Mei se situe au niveau des plus grands par l'esprit et par les doigts dans ce disque coup de poing.

Je ne sais rien de la vie de Zhu Xiao-Mei, mais à la fin de l'audition j'ai éprouvé la même sensation qu'après celle de la 9e Symphonie de Mahler par Ancerl: l'impression d'avoir entendu le témoignage de quelqu'un qui savait dans le tréfonds de sa chair de quoi il en retourne. On en reste le souffle coupé.

--Christophe Huss

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