De manière assez peu compréhensible, ces deux superbes concertos sont rarement regroupés sur un même CD. Il faut donc se réjouir de disposer d'un couplage cohérent qui s'inscrit en tant que tel parmi les références modernes.Première surprise, en effet, la direction tonique, tranchante et parfaitement maîtrisée de Noseda qui mène le bal avec une belle autorité tout en soutenant avec beaucoup de soin ses solistes. L'Orchestre philharmonique de la BBC possède également une plastique dense, profonde et dynamique qui répond bien aux sollicitations énergiques du chef. Le Concerto pour piano est ainsi enlevé avec beaucoup d'enthousiasme dans un ton épique grandiose qui n'empêche ni le puissant lyrisme de la houle mélodique, ni la radieuse beauté de la cantilène de l'Andante sostenuto.
Le pianiste russe Rustem Hayroudinoff a choisi pour cet enregistrement une version mixte de son cru: en partie la partition originale de Dvorak, en partie celle de Vilèm Kurz, pianiste et professeur tchèque qui remania le manuscrit. Bien qu'enregistré légèrement en retrait, enveloppé par la masse orchestrale, son jeu fluide et nuancé, qui sait à l'occasion devenir fougueux, suit à la lettre les intentions du chef, dont le tempérament explosif insuffle une vitalité bienvenue à cette partition trop délaissée par les grands pianistes mais qui vaut bien pourtant, et largement, le Concerto pour piano de Grieg par exemple...
Tout aussi convaincante orchestralement, l'interprétation pleine de panache du Concerto pour violon met surtout en valeur la finesse féline de l'archet de James Ehnes, qui apparaît comme l'un des grands violonistes du moment. La pureté enivrante de ses aigus, la justesse de ses intonations, la souplesse aérienne de ses phrasés, la netteté de l'articulation sont pure merveille. Et sa déclamation, exempte de toute emphase et de tout effet, confère à ce concerto une intemporelle beauté, qui le range indiscutablement aux côtés de ceux de Beethoven, Mendelssohn, Brahms ou Bruch. Il est dommage que la prise de son des deux concertos soit différente, avec un son plus "crispé" sur le Concerto pour violon.
Si ce CD ne remplace pas complètement les grandes références --Firkusny/Neumann (RCA), Firkusny/Süsskind (Vox), Maxian/Talich (Supraphon), Richter/Carlos Kleiber (EMI) pour le Concerto pour piano, Suk/Ancerl (Supraphon), Oïstrakh/Kondrachine (Melodiya), Milstein/Dorati (Naxos), Ricci/Süsskind (Vox) et Sporcl (Supraphon), pour le Concerto pour violon-- il représente désormais un excellent compromis pour ceux qui souhaiteraient un programme Dvorak homogène.