Etrange chef! On avait connu Vladimir Valek comme un trublion de la direction d'orchestre, plein de fougue et d'idées. Après avoir complètement planté une intégrale Dvořák, il nous livre une intégrale Tchaïkovski encore plus étrange et très contestable.Pour ce qui est du son, l'enregistrement de la Radio de Prague est un peu sec, neutre, compact et manque de punch. En ce qui concerne la musique, l'ensemble est pour le moins en dents de scie, avec des moments vraiment exaltants (le 1er mouvement de la Pathétique ou le Finale de la 4e nous donnent l'ivresse qu'on attendait de Gergiev) et des sections, voire des oeuvres, qui frisent l'imposture. À ces moments, on a l'impression que Valek nous dit: "Et vous aimez ça vous cette musique de merde? Attendez, je vais vous faire entendre à quel point elle est grotesque!"
Si on se situe sur le seul plan de l'interprétation (on parlera du problème majeur plus tard) cette sensation s'impose par exemple dans le 1er mouvement de la 2e Symphonie, décortiqué et sans ligne, et le Finale de la Première, où Valek souligne à gros traits l'académisme de la coda. Parmi les qualités de l'approche du chef, il y le parti pris d'enlever aux cordes une part de leur primauté absolue pour mettre en valeur l'écriture des bois. Mais ce souci clinique se fait au détriment de la ligne générale et du rebond du phrasé, ce qui donne à beaucoup de sections un aspect fragmenté.
À propos de fragmentation, et c'est là une réserve majeure, notre chef ne se prive de pas de manier le ciseau à l'égard des trois premières symphonies, en pratiquant ça et là des coupures pas toutes indolores: il trucide notamment le 1er mouvement de la Première, le Finale de la Seconde (en plus ça "pue" le montage - écoutez à 7'10) et le 1er volet de la Troisième (assez massacré à vrai dire). Tout ceci, en plus de ce qu'on entend interprétativement dans les faits, accrédite l'idée que Valek n'a que faire des trois premières symphonies. Pourquoi, alors, enregistre-t-il l'intégrale?
Supraphon peut-il reconsidérer ses projets d'intégrale (si de tels projets existent) avec ce Monsieur et les donner à un chef qui soit capable de reconnaître l'importance du média discographique?