Retour aux sources pour Paul Badura-Skoda. Avec ce Mozart dirigé du piano (et non d'un pianoforte), l'artiste autrichien revient très précisément à l'esthétique et au son qui marquèrent sa trop méconnue mais majeure première intégrale des Sonates pour piano chez Eurodisc.On trouve là, comme dans les références indiquées (ce disque fait double emploi avec celui de Kocsis, mais ce dernier n'est plus disponible à ma connaissance), une vision mozartienne débarrassée de toute extrapolation romantique, misant sur la clarté et un touché très ciselé, pour un son avare en pédale. Ce que soigne Badura-Skoda, c'est la complémentarité chambriste, en une forme de dialogue très étudié et beaucoup plus intime que dans la démarche d'un Rudolf Buchbinder ou, même, de Christian Zacharias. La sagesse est héritée du parcours musical de l'artiste: il n'y a là aucune "miniaturisation" ou réduction du discours.
Ce n'est donc en rien un Mozart coquet que l'on nous présente là. On dénote dans le 17e Concerto une vraie différence de substance par rapport aux concertos antérieurs et le 2e mouvement, sommet absolu du disque, y est transformé en confession d'une rare gravité. Ce mouvement est ici d'une beauté pétrifiante, même si l'orchestre n'est pas tout à fait le meilleur du monde. Il faut d'ailleurs remarquer que ce disque bénéficie grandement d'un enregistrement de studio soigné et ne s'inscrit pas dans la série "Transart live" d'édition discographique de concerts.
Le CD de Badura-Skoda est également intéressant pour comprendre le fil ténu qui sépare sa réussite et la stérilité des récents enregistrements Brendel. Malgré l'approche très "droite", il n'y a pas ici de raideur; Badura-Skoda est tout le temps capable de nous surprendre au détour d'une phrase, avec une inflexion dynamique, un équilibre des mains ou un rebond accentué (2e moitié du 1er mouvement du 19e Concerto). C'est aussi plus pétillant, plus charmeur, que le récent disque de Pierre-Laurent Aimard. L'atout de Badura-Skoda est, avec simplicité (cf. le mouvement lent du 19e Concerto), de ne rien affirmer, de n'avoir, au fond, rien à prouver et tout à partager. Et cela s'entend!