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LUDWIG VAN BEETHOVEN
Les Sonates pour piano

Friedrich Gulda (enr. 1967)



Brilliant Classics- 92773(CD)
Référence: Kovacevich (EMI)

rating

Il ne s'agit pas ici de miser seulement sur la fibre nostalgique. On ne niera pas non plus que Stephen Kovacevich aujourd'hui (intégrale EMI) a su incarner dans son intégrale une large parcelle de l'urgence bouillonnante et de la nécessité musicale de Friedrich Gulda. Mais, franchement, je ne vois pas comment ne pas noter 10/10 une telle somme, un tel événement éditorial.

Nous avons aujourd'hui de Friedrich Gulda une image très partielle: celle d'un pianiste un peu timbré qui mêlait jazz et classique; composait des œuvres oscillant entre le pastiche rococo et la musique de taverne bavaroise (inénarrable et fantastique Concerto pour violoncelle); faisait le singe avec le Philharmonique de Munich en jouant et "dirigeant" le Concerto Empereur. Mais même dans ses frasques les plus folles (l'Empereur en vidéo, dans lequel il se débat avec sa partition de poche) il y avait de la magie. Si vous avez cette captation du 5e Concerto de Beethoven, réécoutez le mouvement lent...

Or, lorsqu'il apparut sur la scène internationale, Gulda était "un mythe purement intellectuel destiné aux esprits exigeants" (Kurt Blaukopf, Les Grands virtuoses, Buchet-Chastel, 1955). Blaukopf poursuivait: "Cette précision de l'attaque, cette rigueur rythmique, cette unité mélodique parfaite que nous admirons chez lui ne résultent pas d'une sensibilité naturelle mais d'une concentration constante de l'esprit".

Et puisque notre éminent collègue allemand décrivait en direct le Gulda de 1955, celui de 25 ans, l'emblème d'une nouvelle vision du piano (qu'aurait été Brendel - né un an après Gulda mais dont la carrière démarra un peu plus tard -sans une telle émulation?) j'ai choisi un passage de son analyse qui s'applique mieux que toute autre à ce que nous entendons: "Il pense Beethoven comme un compositeur pathétique; il ne nous le restitue pas avec pathos. Il excelle, en toute lucidité, à détacher sa pensée de son interprétation. (...) Cette volonté de non-participation physique jointe au maintien de la plus haute tension intellectuelle, voilà la véritable caractéristique de ce pianiste". Il est vrai que Gulda fixe pour chaque œuvre un cadre esthétique et temporel dans lequel il la cadre, sans dévier d'un iota ("il opère une transfusion musicale dont de son piano il règle les modalités techniques").

Gulda grava son Beethoven dès 1949, puis, intégralement, entre 1954 et 1958 pour Decca. Cette intégrale-ci, publiée par un petit label autrichien, Amadeo, date de 1967. Enregistrée en deux mois (juillet et août) à Klagenfurt, avec un même instrument, elle fut diffusée en microsillons en France vers 1977 via Philips. Philips-Japon réédita l'intégrale en CD en janvier 2000.

C'est donc une rareté que publie Brilliant, une somme exaltante pour l'intellect et les sens. Gulda pose Beethoven sur le lit de Mozart et développe progressivement son parcours en éclairant les visions beethovéniennes. Il ne semble pas y avoir d'ego de soliste en interférence: juste la force d'un message, rendue de manière drue et concentrée. C'est un peu aussi la voie de la première intégrale Brendel (Vox), mais en plus essentiel.

La technique n'est pas un "10" de démonstration, mais se tient bien dans le rang des captations des années 60: le piano est placé dans un local plutôt sec et n'est pas traité par des artifices techniques. Il y a plus luxueux et voluptueux, évidemment, mais ce n'est pas pire que Kovacevich et le son est en adéquation avec le discours.

On classera donc ce coffret parmi les grandes événements de ce début d'année.

--Christophe Huss

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