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KRZYSTOF PENDERECKI
Passion selon Saint Luc

Izabella Klosinska (soprano); Adam Kruszewski (baryton); Romuald Tesarowicz (basse); Krysztof Kolberger (récitant)

Choeur d'enfants de Varsovie, Choeur et Orchestre philharmonique de Varsovie

Antoni Wit

Naxos- 8.557149(CD)
Référence: ce disque-ci et Czyz (EMI)

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A l'heure où la Passion du Christ selon Mel Gibson s'inscrit au centre de controverses sans fin tout en faisant exploser le box-office, mieux vaut sans doute, loin du tapage des clichés, revenir aux fondamentaux, et au Verbe, dans lesquels s'inscrit plus certainement la représentation sonore du même événement conçue par Penderecki. Non pas que la version du compositeur polonais soit exempte de toute arrière-pensée ou de toute ambiguïté. En effet, dès l'origine, l'œuvre, essentiellement politique, présente une lecture du mythe actualisée à la lumière de l'holocauste du second conflit mondial: le martyre du Christ y est assimilé à celui des victimes de la Shoah d'une façon aussi poétiquement juste (et généreuse) que contextuellement contestable, curieusement mêlé à une accumulation étrange de syncrétismes: le choix de l'évangéliste Luc, les références distordues aux passions luthériennes de Bach, l'interpolation d'un large épisode marial (la séquence intégrale du Stabat Mater) entre autres singularités, contribuent à brouiller, plus encore aujourd'hui qu'hier, le message universaliste et compassionnel, sinon œcuménique, d'un compositeur qui se posait à l'époque en porte parole de l'Église polonaise et de son catholicisme de combat. Il nuancera d'ailleurs peu après ces positions en mettant en musique, avec une réussite encore plus totale, une autre passion, profane, celle du prêtre Urbain Grandier, dans son opéra les Diables de Loudun.

Ces traits transparaissent à l'évidence dans la discographie de l'œuvre. Les trois versions qui ont précédé celle-ci, toutes réalisées en Allemagne (Czyz pour EMI, Penderecki pour Argo et Soustrot pour MDG), illustraient la culpabilité face à la crucifixion collective imposée par la barbarie nazie, dont le latin "teutonisé" des différents récitants était la manifestation la plus audible. Cela dit, il y a peu de rapport entre l'intimidante version Czyz, d'une absolue autorité et d'un hiératisme radical qui font, près de quarante ans après sa diffusion, encore frissonner, les alanguissements esthétisants de Penderecki, étrangement émollient, et l'honnête version Soustrot, pétrie de bonnes intentions mais peu homogène et mal enregistrée.

Wit, qui poursuit ici une exemplaire anthologie Penderecki, possède tous les atouts pour régler la question. Tout d'abord, une prise de son, certes moins cinglante que celle de Czyz, mais dont l'ampleur, le naturel, la très vaste perspective et la définition précise mais adoucie (subsistent d'inévitables raideurs sur le chœur, peu gênantes) tout comme l'architecture spatiale, parfaite, assurent un confort sonore et une lisibilité optimaux. Ensuite les meilleurs chœurs de la discographie (enfants inclus), aussi fervents qu'incisifs et précis là où il le faut, magnifiant une écriture d'une époustouflante audace. Des solistes de grande classe, certes moins parfaits que le trio Woytowicz/Hiolski/Ladysz absolument idéal réuni par Czyz, mais d'une plus grande humanité, notamment un Romuald Tesarowicz aussi émouvant en Pierre qu'en bon larron, et un récitant grave et noble s'exprimant dans un latin non contrefait.

Enfin, une conception d'ensemble, surtout, diligentée par le chef, qui, dosant parfaitement humanisme et précision technique, manifeste une consanguinité sans précédent avec l'œuvre : le spectre émotionnel est plus riche que chez Czyz, la conception plus mature, plus équilibrée et plus précise que celle de Soustrot, imposant une vision pour la première fois "sacrée", d'un romantisme éloigné de tout effet théâtral. Wit maîtrise parfaitement la dialectique entre contemplation et action, longues stases méditatives et brusques éclairs d'avancée, ménageant un assombrissement progressif -superbe mise en valeur des timbres graves , clarinette basse, trombones, percussions graves- vers la catastrophe cosmique de la fin, illuminée d'admirables épisodes réflexifs ("Crux fidelis"; "Stabat Mater"), contrits et brûlants à la fois.

Le sentiment religieux (seule une version comme celle-ci, 100% polonaise était capable de faire réintégrer cette œuvre à l'église), constamment poignant, ménage, en symétrie inverse, un glissement progressif de la culpabilité (elle atteint son comble pendant le « Popule meus ») universelle (c'est, comme on l'oublie trop souvent, l'humanité entière qui souffre pour son rachat) vers le sentiment de concorde tout aussi universel véhiculé par l'admirable chœur final. Mieux que quiconque, Wit sait rendre les dissonances les plus terribles (écouter la plage 10 "Et viri qui tenebant Illium") belles et sait les faire œuvrer à un projet dont la magnifique probité sert le message consensuel.

Belle leçon de piétisme intelligent, presque anachronique en ces temps de troubles et d'anathèmes collectifs et nouvelle référence pour cette œuvre au côté de l'indispensable Czyz.

--Pascal Brissaud

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