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CHARLES GOUNOD
Faust

Francisco Araiza (Faust); Ruggero Raimondi (Méphisto); Gabriela Benackova (Marguerite); Walton Grönross (Valentin); Gabriele Sima (Siebel); Gertrude Jahn (Marthe)

Choeur et orchestre de l'Opéra de Vienne

Erich Binder

Deutsche Grammophon- 073 4108(DVD)
Référence: Plasson (CD EMI)

rating

Faust mis en scène par Ken Russell. On voit d'ici les visages émoustillés: combien de stupre, combien de fornications et d'orgies? Faust deviendra-t-il tenancier de maison close? Et la Nuit de Walpurgis, quelle bacchalanale ce doit être? Dès nèfles! Rien. Car de Nuit il n'y en a plus: ni "Doux nectar", ni ballet. Supprimée la Nuit de Walpurgis! Le tout est structuré en trois actes et la Scène de l'église, qui dans la tradition française précède l'arrivée de Valentin est replacée à la fin de l'acte 4 (qui n'est plus l'acte 4) et fait le lien entre la mort de Valentin et la scène de la prison.

Pour rendre plus scandaleux son enfantement, Marguerite, chez Russell devient une Nonne. Marguerite est le point sur lequel se focalise la tradition germanique de l'œuvre de Gounod. Ken Russell, qui ne pouvait quand même pas ne pas mettre son grain de sel, a donc particulièrement "choyé" ce personnage. Comme Marguerite semble sortir du carmel, le ridicule de l'air des bijoux est absolu. Le décorum alentour permet ainsi aussi à Russell de montrer que Méphisto n'est pas le grand copain de Jésus…

Au passage, on ne peut s'empêcher de songer à quel point il est ridicule pour un "Opéra de répertoire" comme Vienne, où des productions sont reprises en routines pendant des années, voire des décennies, de confier un spectacle à Ken Russell. Quel chanteur débarquant, des années après, pour une reprise ponctuelle, va pouvoir se retrouver dans un tel salmigondis qui défie tout ce qu'il a vu jusqu'alors?

Sans compter que la chose est chère: Ken Russell multiplie les apparitions de figurants danseurs, comme si tout n'était qu'une illusion dans la tête des protagonistes. Et dans sa propre réalisation télévisuelle, il en rajoute sur les danseurs avec un étourdissant et pénible jeu de surimpressions. Cette captation date de 1985 et n'avait pas été éditée en Laserdisc (trop risqué, on suppose).

Beaux décors, dignes de la riche Vienne, à l'acte 1 ou dans la scène de l'église (c'est Méphisto qui officie en noir...) Vingt ans plus tard, notre sens de ce qu'est la "provocation" s'est un peu émoussé. Ah, quand même, l'image russellienne de Faust (?!) surgissant du cercueil en pleine église avec une poupée pour pointer sur Marguerite un doigt accusateur...

L'explication de cette chose esthétisante et curieuse est peut être dans l'aveu du metteur en scène reproduit dans la notice: "Le livret de Faust me semble un peu niais. Il l'aime, elle l'aime; pourquoi auraient-ils besoin du diable? J'essaie donc de le rendre plus réaliste, plus convaincant.» Qui est le niais? Et Faust, il rajeunit comment? Tout cela ne fait que confirmer la sinistre état de la vidéographie de ce grand opéra français.

Dans la fosse Erich Binder ne commet aucun outrage mais ne fait rien. Sur scène, Raimondi, fait son petit numéro (mais comme le Mephisto de Russell est une caricature, la caricature vocale ne dérange pas). Benackova tente d'être émouvante, alors qu'Araiza sort en gloire de ce spectacle. Les comparses sont bons.

Une attention a été portée à la mise en DVD: 2 disques pour une compression respectueuse, qui n'efface pas un certain manque de lumière typique "années 80" où il semble que les éclairages n'étaient pas assez rehaussés lors des captations vidéo. Le son, lui, est fort contestable avec des effets de pompage, tant sur la stéréo que le multicanal, un manque de pureté, donc, et des plafonnements du type "limiteur" qui font niveler la dynamique en écrasant les fortissimos.

Malgré quelques temps forts et quelques belles images, tout cela est artistiquement contestable et techniquement daté. Restez-en à la version audio de Plasson, car si vous êtes attentifs au son, vous ne prendrez strictement aucun plaisir à écouter cet équivalent d'une médiocre retransmission radiophonique.

--Christophe Huss

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