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FRANZ SCHREKER
Die Gezeichneten (opéra en trois actes)

Robert Brubaker (Alviano); Anne Schwanewilms (Carlotta); Michael Volle (Tamare); Robert Hale (Adorno); Wolfgang Schöne (Nardi); etc. Mise en scène: Nikolaus Lenhoff

Chœur de l'Opéra de Vienne; DSO Berlin

Kent Nagano

EuroArts- 2055298(DVD)
Référence: ce DVD

rating

Petite remarque liminaire: le coup de coeur majeur que m'inspire ce DVD n'est pas le snobisme d'un amateur d'art lyrique qui en a assez de Wagner et Strauss et a besoin "de tierces partitions" pour vibrer. Au contraire, il faut dire, clamer, hurler que Die Gezeichneten (les Stigmatisés) de Schreker est un opéra sublime. Et s'il fallait choisir, je céderais en échange nombre d'opéras de Richard Strauss pour avoir le privilège de l'entendre.

L'art de Schreker, qui tient à la fois de Strauss (opulence) et de Wagner (utilisation de motifs caractéristiques), mais aussi parfois du Puccini de Turandot, est un art à part, car sa subtilité d'orchestration, qui apparaît dès l'ouverture, sa sensualité des phrases et des timbres - qui explose dans un 3e acte d'une beauté ravageuse - sont supérieures même à l'art de Richard Strauss. Comble de bonheur, Schreker est ici entre les mains d'un Kent Nagano qui se plaît à en faire miroiter les timbres et éclore la plus pure extase musicale. On est très loin de l'image de chef analytique et froid.

Cette incarnation charnelle de la partition est relayée par un spectacle extraordinaire. Alors que les dimensions sexuelle et sacrificielle, omniprésentes dans Die Gezeichneten peuvent laisser place à tous les débordements, le spectacle de Nikolaus Lehnhoff est d'une classe racée. C'est sur les membres et dans les entrailles d'une statue de femme démantibulée de 40 mètres que les protagonistes se font face.

Gênes au XVIe siècle : la localisation sert de prétexte à Schreker afin de ne pas directement désigner les turpitudes de son temps. Le héros est un homme riche et laid nommé Alviano Salvago. Il a constitué sur une île un endroit paradisiaque, qu'il ne va jamais voir de peur de l'enlaidir par sa présence. Cet endroit est devenu à son insu lieu de stupre et de fornication pour la bourgeoisie. Alviano croit avoir trouvé la perle rare dans la belle Carlotta, qui prétend n'être attirée que par la beauté des âmes. Mais Carlotta se jettera finalement dans les bras du beau Tamare. Ivre de jalousie face à Tamare, qui le nargue en lui jetant à la figure que «la beauté appartient aux forts», le riche et bon Alviano deviendra un assassin.

Au-delà du destin personnel d'Alviano, Die Gezeichneten est surtout une parabole dans laquelle la recherche de la beauté et la quête utopique de l'idéal se confrontent à la réalité et à l'animalité humaine. Schreker a aussi assurément voulu signifier le naufrage de la culture et de la société, par la décadence des élites.

Le décorum, utilisant à la perfection le fameux mur de Salzbourg, est idéalement adapté aux agissements de ces personnages, magnifiquement incarnés par des chanteurs idéalement choisis et crédibles. Aucune faiblesse dans le casting (parfait Brubaker, sensible Schwanewilms, dont le parcours émotionnel est bien campé). Le spectacle est d'une grande beauté visuelle, avec des éclairages parfaits, des costumes sublimes, et une régie télévisuelle qui met en valeur les regards. Les quelques coupures par rapport à la version CD de Lothar Zagrosek ne dérangent aucunement et ce DVD se hisse parmi les grandes nouveautés de l'année.

--Christophe Huss

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