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ROBERT SCHUMANN
Les quatre Symphonies


Orchestre de la Tonhalle de Zurich

David Zinman

Arte Nova Classics- 2 CD 82876 57743 2(CD)
Référence: Barenboïm (Teldec)

rating

Voilà une situation que je ne m'attendais pas à rencontrer: depuis vingt ans, et la Rhénane de Giulini ou la 2e par Sinopoli à Vienne, il ne s'est quasiment rien passé dans la discographie schumanienne et voilà qu'à quelques mois d'intervalle deux versions diamétralement opposées viennent chacune renouveler le propos et établir de nouvelles références. Cette situation me rappelle exactement la discographie du Messie, enrichie, dans la même année 1983, des versions majeures de Gardiner et Harnoncourt. Pourquoi alors priverais-je Zinman du 10/10 qui lui revient à mon sens parce que Barenboïm est arrivé deux mois plus tôt -et ce d'autant plus que les deux intégrales n'ont strictement rien à voir sur le plan stylistique.

Alors que Barenboïm, comme dans ses Symphonies de Beethoven incarnait et sublimait la grande tradition allemande, Zinman (qui avait déjà enregistré -très bien- ces Symphonies à Baltimore pour Telarc) adopte une démarche plus "actuelle", un peu dans l'esprit de la nouvelle intégrale Beethoven-Norrington ou des enregistrements d'un Michael Gielen. On peut dire aussi qu'il poursuit des recherches entreprises par Gardiner, mais avec un résultat final qui me convient davantage. En tous cas, si j'étais manager de l'Orchestre de la Tonhalle de Zurich je serais sacrément content d'avoir un chef comme Zinman: voilà un musicien qui ne s'en laisse pas compter de la tradition et de la routine. Et quel boulot: ces enregistrements sonnent comme si l'orchestre n'avait travaillé que cela pendant 3 mois! Tout (vraiment tout) est revu, reconsidéré: le moindre accent, le moindre équilibre, la moindre transition. Ce travail de décapage est passionnant à suivre. Alors oui, c'est sûr, cette relecture ne plaira pas à tout le monde. Je ne peux m'empêcher de penser, à chaque fois que j'entends un enregistrement de Zinman (c'est moins flagrant dans Schumann que dans ses Beethoven mais cela reste en filligrane), à la dimension un peu démonstrative de sa démarche. Mais peut-être l'auditeur (ou le critique) est-il moins blasé en écoutant Schumann qu'en réécoutant Beethoven?

Ceux qui n'aimeront pas (pour vous cadrer le sujet, il ne me viendrait pas a priori l'idée d'offrir cet album à mon ami Jean-Marie Brohm!) reprocheront à Zinman un "manque de poids". Contrairement à Barenboïm, son Schumann ne repose pas sur un échafaudage orchestral solidement posé sur des graves puissants. Au contraire, tout vise la plus grande transparence et l'omniprésence de la pulsation. Même si certains mouvements sont rapides (par exemple, le "Nicht schnell" de la Rhénane est un Andante fort allant), leur logique s'impose. Même s'il est rapide, l'Andante précité chante, avec un violoncelle solo parfaitement en situation. Le Feierlich qui suit s'inscrit dans la même idée. Jamais, dans l'ensemble de ce corpus symphonique, Zinman ne perd flux et clarté. Il manque donc (très volontairement) les graves puissants et les cors abyssaux. Vous les trouverez chez Barenboïm... Il "manque" aussi toute mise en scène de la musique (ex. transition III-IV de la Quatrième): exactement comme Gielen dans d'autres répertoires, Zinman laisse à l'écriture elle même le soin de dire et de toucher. Ecoutez les entrées des cordes après les fanfares de cuivres à la fin du Feierlich de la Rhénane, c'est sublime tout en n'étant jamais sollicité. Ainsi Zinman ne fait aucune concession de tempo: aucun ralenti, s'il n'est indiqué, pour souligner tel thème secondaire ou telle fin de mouvement. Et même si cela doit surprendre (cf. liaisons, tempo, accents), le 1er mouvement de la Quatrième est écrit comme cela.

Ce qui est admirable ici c'est le monde musical grouillant, la fièvre que l'on découvre à chaque détour de phrase, un parti pris qui illumine les Symphonies n° 1 et 2. Toute la question est de savoir si les 3e et 4e Symphonies font partie d'un autre univers ou si elles s'inscrivent dans la lignée des premières. Zinman choisit l'unité esthétique et la continuité. On peut le lui reprocher, mais on peut aussi l'en féliciter. Il a, en tous cas, gravé avec un orchestre surprenant l'intégrale schumanienne la plus judicieusement radicale de la discographie, qui vient interpeller l'auditeur et ne s'épuise pas à la première écoute. Evidemment le rapport qualité-prix est quasiment imbattable.

--Christophe Huss

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