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JOHANN SEBASTIAN BACH
Messe en si

Marlis Petersen et Stella Doufexis (sopranos); Anke Vondung (alto); Lothar Odinius (ténor); Christian Gerhaher (baryton); Franz-Josef Selig (basse)

Gächinger Kantorei et Bach-Collegium Stuttgart

Helmuth Rilling

Hänssler Classic- 2 SACD 98.274(SACD)
Référence: Giulini (Sony); Gardiner (Archiv); Müller-Brühl (Naxos)

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"Jetzt geht's um d'Wurcht" ("Maintenant il en va de la saucisse"), dit un proverbe alsacien. Cela veut dire que cette parution SACD est la tentative importante (ultime?) de Helmuth Rilling de marquer de son empreinte la discographie de la Messe en si, chose à laquelle cet excellent chef de chœur, spécialiste de Bach, n'était pas vraiment parvenu en deux tentatives précédentes, l'une chez Sony (avec Arleen Auger et Julia Hamari au milieu des années 70) l'autre déjà chez Haenssler (avec Christiane Oelze et Ingeborg Danz) dans le cadre de l'intégrale Bach.

Première justification d'un nouvel enregistrement: la technologie SACD. La réussite est totale avec un espace élargi, idéal pour cette œuvre, et un dosage sobre des canaux arrière. Les effectifs (instruments modernes, connaissance du style baroque) sont également parfaits: 40 choristes (dont 14 sopranos) et 27 instrumentistes. Sur cette base, Rilling peut jouer à la fois l'intimité et la grandeur.

Si la réussite de ce nouvel enregistrement me semble totale ce n'est pas tant pour un "Et incarnatus" qui vous prend aux tripes ou une approche expressive qui tiendrait d'un intemporel romantisme (Karajan, puis Giulini et Celibidache ont très bien fait cela). Ce n'est pas non plus pour une articulation découpée au scalpel (façon Gardiner) qui démontre de manière éclatante qu'on célèbre un compositeur au tranchant solaire. Dans l'esprit, je dirais plutôt que Rilling sublime la version de Müller-Brühl, en nous donnant à la fois de toute évidence la "première version de l'honnête homme" et une lecture de la partition d'une finition extrêmement rare. Avec Rilling, le moindre dosage ou équilibre est soupesé et prémédité. On écoutera par exemple dans des airs, comme le "Et in Spiritum" de Christian Gerhaher, à quel point les instruments accompagnateurs respirent et dialoguent avec le chanteur.

Spirituellement, cette Messe en si est davantage celle de la confiance inébranlable du chrétien dans le Sauveur que celle du mystère et de la douleur du parcours du Christ. Écoutez la véritable explosion du Et resurrexit, qui vient quasiment brûler la résonance de la dernière note du Crucifixus; écoutez comment est scandé le Sanctus ou porté le Confiteor. Ce dernier, moment "en creux" dans bien des versions, devient ici un hymne d'une foi rayonnante. Cette foi est personnifiée et proclamée tout au long de l'œuvre par la trompette, éclatante, qui se détache du tissu sonore.

Rilling ne commet ici pas le moindre "geste interprétatif". Il n'accentue expressivement rien du tout. Toute la force de son interprétation réside dans quelques parti pris justes. D'abord, la nature de l'articulation, compromis très réussi et évident entre le staccato des baroqueux et le legato de Giulini. Rilling préserve ainsi la carrure de l'élan tout en traçant dans l'espace de grandes lignes musicales (écoutez le chœur introductif du credo). Ensuite, il y a le soin maniaque apporté au moindre détail, comme, par exemple les enchaînements entre les divers volets de l'œuvre. J'ai évoqué la transition Crucifixus-Et Resurrexit, mais celle entre le Credo et le "Patrem" ou l'Agnus Dei et le Dona nobis pacem sont tout aussi saisissantes.

Il y a enfin une connaissance étonnante des ressources et du potentiel de ses musiciens choristes et instrumentistes. Ceci explique le travail sur les équilibres et les flux, avec au final pourtant, une impression de naturel absolu (cf. duo "Et in unum Dominum", choeur "Et in terra"). Le phrasé est tout aussi radiographié (flûte du Domine Deus) et (c'est si rare!) les solistes sont parfaitement choisis.

Cela fait des décennies qu'Helmuth Rilling se confronte à ce chef-d'œuvre. Ce travail trouve dans cet album d'une synthèse d'une force de persuasion rare.

--Christophe Huss

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