On l'avait repéré depuis quelque temps, le violoniste au bandana ! Pavel Šporcl est une star en République tchèque, de celles, rares, qui touchent un cercle qui va largement au-delà de celui des mélomanes traditionnels. Très souvent ces héros populaires sont éphémères ou musicalement peu consistants. Ce n'est pas le cas de Šporcl, un violoniste étincelant, avec une vraie personnalité et beaucoup de cran. Témoin, le Concerto pour violon de Tchaïkovski dans lequel nous l'entendons prendre des risques (1er mouvement) sans jamais tomber dans la facilité ou la vulgarité. Il y a dans cette interprétation quelque chose de "tripal" ui vient vous chercher et augmenter votre rythme cardiaque, sans jamais tomber dans le funambulisme ou la complaisance. Pavel Šporcl nous donne ce que ses confrères tels que Ilya Gringolts, Akiko Suwanai, David Garrett nous ont refusé récemment dans cette œuvre: la prise de risque. Il assume celle-ci crânement en concert, sans pour autant déraper - ce ne sont pas deux aigus arrachés au début du Concerto de Dvořák qui nous empêcheront de décerner la note maximale...
Le son de Pavel Šporcl n'est pas des plus « glamoureux ». Il n'a pas l'onctuosité de Shaham dans Brahms ou la rondeur nourrie de James Ehnes dans Bruch, mais la projection puisssante n'est en rien acide et ses nuances très raffinées. La prise de son large et assez réverbérée me semble très fidèle à l'acoustique du Rudolfinum de Prague.
Dans Dvořák Šporcl est l'un des très rares à retouver la grâce et l'équilibre naturel de Milstein-Dorati, la grande référence historique que Naxos vient tout juste de rééditer. Ne recherchant jamais l'anecdote ou l'esthétisme vain, comme Milstein, tout en restant très émouvant (sublime passage à 4'18 du 2e mouvement) Šporcl va droit à l'essentiel.
C'est cette franchise et cet aplomb qui permettent à ce disque d'être le premier de "l'année Dvořák" à chambouler l'ordre établi... dans un couplage majeur, qui plus est !