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CHARLES KOECHLIN
Vers la Voûte étoilée; Le Docteur Fabricius

Christine Simonin (ondes Martenot)

Orchestre symphonique de la Radio de Stuttgart

Heinz Holliger

Hänssler Classic- 93.106(CD)
Référence: ce disque-ci

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Charles Koechlin a collaboré avec Fauré, Debussy, Caplet, Ravel, Satie... compositeurs auxquels il survécut pendant plusieurs décennies, le temps de former nombre d'élèves prestigieux de la génération suivante (Milhaud, Poulenc, Sauguet, Tailleferre...). Rares sont donc les grands musiciens français de son temps qui ne lui doivent rien, alors même qu'aujourd'hui le grand public le connaît à peine, et qu'on ne le joue presque jamais. En fait, Koechlin, dans l'histoire de la musique française du début du XXe siècle, c'est un peu le vieux sage barbu que l'on croise constamment, qu'il est impossible de ne pas citer, mais que personne ne sait où classer.

Issu d'une famille aisée d'origine alsacienne, féru d'astronomie et de mathématiques, avide de toutes les formes de progrès scientifique, passionné de cinéma aussi, Koechlin était avant tout un esprit curieux. Et sa musique, si elle ne perd jamais de vue un bagage théorique très solide (orchestration, contrepoint, connaissances musicologiques approfondies...) reflète bien ce caractère exploratoire, poussant assez loin des recherches dans les domaines les plus divers : polytonalité, atonalité, formes nouvelles, voire timbres orchestraux rares (dont l'usage précoce des Ondes Martenot, inventées en 1928). Mais tout cela sans le moindre penchant pour la complexité abstraite, car aussi inventive soit-elle, la musique de Koechlin reste toujours accessible.

De Koechlin, le disque nous avait révélé jusqu'ici surtout des pièces de piano et de musique de chambre, le cycle du Livre de la jungle (dont sont extraits les fameux Bandar-Log, satirique "Scherzo des singes" popularisé il y a déjà bien longtemps par Antal Dorati), la curieuse Seven Stars Symphony, et quelques autres partitions symphoniques difficiles à classer (l'orchestration des Heures Persanes, Le Buisson ardent...). Manquaient à l'appel la dernière grande partition pour orchestre de Koechlin, ce Docteur Fabricius, poème symphonique de grande ampleur (50 minutes, d'après une nouvelle de l'alsacien Charles Dollfus, oncle du compositeur), qui n'avait plus été exécuté depuis sa création (à Bruxelles, en 1949), et que ce disque nous révèle en première mondiale, de même que Vers la Voûte étoilée, Nocturne symphonique jamais exécuté du vivant de Koechlin: deux révélations, choisies au sein d'un catalogue de plus de deux cents œuvres qui doit encore en recéler bien d'autres.

Même après quelques auditions, il reste difficile de décrire en quelques phrases l'invraisemblable foisonnement d'idées de ces 70 minutes d'onirisme orchestral, qui s'écoutent sans aucun ennui. La meilleure stratégie reste l'immersion sans a priori, dans un continuum très riche, manquant certes d'unité mais ménageant quelques transitions stupéfiantes entre des univers en apparence incompatibles (telle la sauvagerie un peu aride, mi-Schoenberg, mi-Honegger, de la Fugue de La Révolte, qui se résout brutalement en un choral d'une sérénité toute néo-classique). Bien des aspects de ce symphonisme torrentiel (et pas seulement l'usage des Ondes Martenot) annoncent clairement la Turangalila-Symphonie de Messiaen, voire certaines ambiances sonores cultivées à notre époque par les compositeurs dits "spectraux", sans pourtant que ces aspects visionnaires s'avèrent forcément décisifs.

En fait ce qui retient ici surtout l'attention c'est l'art d'éviter l'éparpillement, en ne laissant jamais l'attention de l'auditeur s'évader, ce qui est vraiment remarquable pour des formes aussi ouvertes, qui se terminent d'ailleurs chacune dans une impression d'inachèvement, comme s'il importait au compositeur de ne pas limiter son propos par une fin péremptoire, sorte d'ouverture vers l'infini que l'on retrouve tant dans Vers la Voûte étoilée que dans l'envoûtante section "Le Ciel étoilé" du Docteur Fabricius. Prodigieuse musique, à la fois bien insérée dans son siècle et remarquablement intemporelle, finalement moins datée que la plupart des partitions de son temps entrées au grand répertoire.

Rien à dire, enfin, sur le travail réalisé par Heinz Holliger et l'Orchestre Radio-Symphonique de Stuttgart, minutieusement mis en place et sans doute difficilement surpassable. Un complément idéal au précédent programme Koechlin enregistré par les mêmes interprètes (Course de Printemps et Buisson ardent), publié par Hänssler Classics l'an dernier et toujours disponible.

--Laurent Barthel

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