Scrupuleusement enregistré par l'orchestre de Roger Norrington qui abandonne la raideur de son « Stuttgart Sound » pour le lyrisme de Rachmaninov (sous une autre baguette), ce disque se lance dans une rude compétition discographique.Je ne sais si on peut attribuer à la cure opérée par l'inénarrable Géo Trouvetout de la direction d'orchestre le manque de générosité sonore dont sa phalange fait preuve ici. Qui plus est nous avons la sensation étrange d'entendre un orchestre qui suit la musique au lieu de la faire avancer à l'unisson d'un pianiste.
La lecture d'Henri Sigfridsson est très scrupuleuse et détaillée, plus « classieuse » que viscérale. Le problème, très traditionnel, est scellé et cerné dès l'intervention du cor solo à 8'30 du premier volet du 2e Concerto: ralentissement non maîtrisé, effusion non contrôlée, enlisement généralisé. Et à ce stade Sigfridsson ne peut que sombrer avec les autres : il est piégé et ne peut relancer.
Même si le Finale du 2e Concerto fait un bel effet, on ne peut que constater un excès de raideur, que le premier mouvement du 3e Concerto, trop lent et littéralement phrasé "à plat", ne fait que confirmer.
Un Rachmaninov studieux et scrupuleux qui ne servira que de carte de visite à un pianiste sérieux qui devrait s'essayer dans Bach...