Inébranlable dans sa foi haendelienne! Beaucoup de choses ont changé dans l'univers de cette musique depuis la fameuse version Philips du chef, mais peu de choses, au fond, varient dans son approche quarante ans plus tard.Le chef anglais fuit comme la peste ce qui pourrait apparaître comme un geste musical précipité, une "manière" baroque. Son Messie est avant tout solennel et narratif. Pas question évidemment d'employer un contre-ténor: la voix cuivrée et très corsée de Sara Mingardo, rappelle d'ailleurs à quel point une grande alto (façon Horne ou Baker) dans Haendel c'est beau. Non, ce qui a plutôt changé, c'est le chant choral, avec des choeurs nettement dégraissés et plus agiles et des voix de sopranos jeunes et homogènes. Il est vrai que l'acoustique sèche n'aurait pas toléré plus de saturation sonore. Déjà en tant que tel, la matité ne convient pas à la respiration sonore qui va avec une telle "oeuvre d'église", d'où la note technique, malgré des timbres respectés et une bonne mise en forme SACD.
Aux 45 instrumentistes du LSO font donc face les 34 chanteurs de Tenebrae. On notera que l'on ressent assez peu le fait que le pupitre d'alto soit masculin au trois quarts : il est bien fondu et pas trop dur. Interprétativement, on remarque d'emblée l'élan de Colin Davis, malgré des tempos fondamentalement apaisés. Il y a une vraie ferveur dans sa direction (écoutez le sublime Behold the Lamb of God, CD 1 plage 21).
Parmi les solistes le bât blesse du côté d'Alastair Miles, dont la voix commence à se couvrir d'une certaine grisaille et à changer de couleurs selon les registres. Le reste du casting est excellent, même si on peut aimer un soprano plus lumineux et agile que Susan Gritton.
Un très beau Messie qui ne détrône pas celui de Gardiner et pâtit des limitations sonores imposées par la salle...