Le principal (voire le seul) défaut de ce disque est d'ordre technique, les ingénieurs du son n'arrivant pas à résoudre la problématique de la place et de la couleur du piano. Celui-ci, minoré par rapport au violon (placé en avant à gauche) et encapsulé dans l'orchestre, sonne de manière étrange comme un hybride de piano-droit et de synthétiseur. Ce qui pourrait à la limite se défendre dans le Concerto da camera, ne se justifie absolument pas dans le Concerto pour violon et piano, où sa présence doit être plus claire et sa couleur plus belle. Une partie du problème vient sans doute du fait que l'orchestre est capté de trop près, donc pour faire ressortir les solistes, il faut "surenchérir" sur une situation peu "surenchérissable"Mais, pour le reste, quelle beauté, quelles révélations. Il y a tout: la présence puissante de Bohuslav Matousek, la finesse attentive et intelligente de la direction de Christopher Hogwood, qui se passionne sincèrement pour Martinu et excelle dans la définition de contours précis et de phrasés mordants (admirable Allegro finale de Concerto pour violon et piano).
Et par dessus tout, il y a les oeuvres. C'est important, car le gros problème du discophile face à Martinu tient à la sélection de partitions importantes dans la pléthore de sa production. On ne peut pas tout acheter, pour faire le tri ensuite. Le fait important de ce disque est donc de présenter des oeuvres admirables, originales, attachantes et importantes.
Le Concerto da Camera est une oeuvre de guerre écrite pour Paul Sacher peu après l'arrivée aux Etats-Unis de Martinu pendant la guerre. Il ne cherche pas à séduire sur le plan harmonique, apparaissant parfois tiraillé, mais on sent l'intérêt porté par le compositeur à la forme du Concerto grosso. Par ailleurs l'œuvre est très symbolique des couleurs et du langage de Martinu. La notice est fort juste et éloquente sur le Concerto pour violon et piano de 1953. Elle rappelle les proximités successives de la partition avec le Double Concerto, la Passion grecque(Adagio) et la 4e Symphonie. Pas de remplissage là non plus, et une vaste palette de sentiments dans une musique à la fois tonale et moderne.
Le CD s'achève avec un chef-d'œuvre inattendu: l'orchestration de la Suite tchèque pour violon et piano, écrite pour Kreisler. La subtilité et la justesse de cette réalisation orchestrale créée en 2001 est au-delà de l'admirable. Faire mieux? Oui, c'est possible, dans l'interaction violon et piano. Mais d'ici à ce qu'on ait un programme concurrent, les poules auront des dents.