L'oeuvre de Gossec est difficile à décrire, puisque le compositeur (1739-1829) fait ni plus ni moins que le pont entre Rameau et... Berlioz!A priori, on associe la musique de Gossec à la Révolution, et on attend donc des tambours et des trompettes. Ce CD va complètement à contresens de cette idée reçue et nous présente un symphoniste plutôt haydnien, dans un idiome qu'instinctivement on mettrait en parallèle aux symphonies n° 40 à 60 de Haydn. J'étais donc très impatient de vérifier les dates de composition de cet "oeuvre VIII". Les trois partitions ont été publiées en 1765, ce qui en "thermomètre haydnien" se situe aux environs des symphonies 30 à 40.
Il y avait donc en France, au 18e siècle, un symphoniste certes moins prolixe que "Papa Haydn", mais évoluant sur le même registre. Gossec n'est pas "en retard" sur ses contemporains. Au contraire: il suffit de songer à la Messe des morts de 1760 (trente ans avant Mozart elle annonce déjà Berlioz!) Cette puissance de l'imagination, Gossec en témoigne aussi par l'orchestration qui inclut ici déjà des clarinettes. Pour mémoire, Haydn introduira pour la première fois la clarinette dans son orchestre symphonique dans la Symphonie n° 99 près de 30 ans plus tard, là aussi.
Les symphonies de Gossec, joués ici dans une rhétorique musicale "à l'ancienne", soit sans vibrato et de manière un peu sèche (en termes de raideur sonore on pense à Kraus par le Concerto Köln), frappent par l'utilisation généreuse des bois, avec une prédilection pour le hautbois. C'est de la belle symphonie classique élégante, sans le moindre tintamarre. Quant à la musique de ballet, elle provient d'une tragédie lyrique aujourd'hui oubliée.