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ALBERT ROUSSEL
Symphonie n° 2; Pour une fête de printemps; Suite en fa


Orchestre National Royal d'Ecosse

Stéphane Deneve

Naxos- 8.570 529(CD)
Référence: Martinon (Erato)

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La Seconde Symphonie est la moins connue des quatre composées par Roussel. Mais c'est un vrai joyau caché. Nous sommes en 1921 et Roussel compose une oeuvre dense et noire, d'une amertume qui préfigure le symphonisme d'un Chostakovitch.

Le très beau mouvement central, Modéré, que la majorité des chefs prennent bien trop vite, comporte ainsi des flûtes en relief et un crescendo martelé (on trouve cependant des prémices de Chostakovitch dès le grave volet initial). Au centre de ce Moderato, se niche une chape de plomb musicale poignante, qui évoque Chausson à son plus dense. La montée en tension de cette section est gérée de manière ardente par Stéphane Denève.

Lire comme on a pu le faire (dans la notice de l'intégrale Janowski) qu'il s'agit d'une "section centrale qui falsifie l'ambiance légère du mouvement" est un exemple typique d'incompréhension qu'engendre encore cette symphonie. Non, l'ambiance n'est pas "légère" et, justement, Stéphane Denève a raison d'y mettre tout le poids du monde. Son interprétation hyper-articulée de la dernière minute de ce mouvement est sans concurrence.

Roussel est certes ici "français" et "élégant", mais jamais "léger", ni de texte, ni d'esprit. Cette ardente et intime alliance entre poids, puissance et élégance marque toute l'interprétation du chef français, dont on relèvera, comme d'habitude le sens inné de la souplesse et du cantabile dans le phrasé. On est très loin du picturalisme de Bacchus, mais l'éloquence est viscéralement la même.

La 2e Symphonie n'a pas attiré de version hors intégrales (Dutoit, Janowski, Eschenbach), à l'exception du disque Martinon de 1969. Janowski et Dutoit, avec leur espèce de faux Honegger, passent presque complètement à côté du sujet et sont définitivement déclassés. Seuls résistent Martinon, parfois plus angoissé, avec des coloris qui "sortent" plus, mais moins détaillé, ainsi que l'étrange version germanique (au sens des coloris fondus) d'Eschenbach (il y a un peu de lourdeur dans ce poids-là, mais c'est une très intéressante vision). La différence fondamentale entre Denève et Eschenbach tient la couleur et la carrure rythmique que le chef français imprime. C'est lui qui est dans le vrai, et c'est pour cela que ce disque est une référence...

Les compléments de programme sont à la hauteur de la réussite et des espérances (totalement s'agissant de Pour une fête de printemps et presque dans le cas de la Suite en fa). On notera d'abord l'intelligence du couplage avec Pour une fête de printemps (également de 1921) qui repose sur une palette sonore assez proche de la 2e Symphonie (c'est moins clair et scintillant que la 3e Symphonie). Vous y admirerez la souplesse de la battue (l'œuvre ne supporterait pas d'être dirigée "à plat") et le sens des transitions.

La Suite en fa doit se mesurer à d'immenses références (Paray et Munch) dont Denève se distingue par un son nourri, très "rouleau compresseur". À mes yeux, les tempos légèrement plus alertes de Paray dans la Sarabande et la Gigue restent les choix idéaux. Mais la prise de son sèche de Mercury (1957) a ici vieilli. Il n'en reste pas moins qu'on retrouve ici, par comparaison, le seul léger défaut de Denève et son orchestre (par rapport à Martinon dans la Symphonie n° 2 et Paray dans la Suite en fa): on s'attend à voir émerger les couleurs et solos avec plus de force et d'individualité.

Un très grand disque, donc, qui nous fait attendre les Symphonies n° 1 et 4 avec impatience. Si tout se poursuit ainsi, le dernier CD devrait sceller l'intégrale Roussel de référence.

NB. On adhère au parallèle trouvé par mon collègue américain David Hurwitz entre le Prélude de la Suite en fa et le climax du 1er mouvement de la Partita de Walton. C'est là bien plus qu'un hasard et Walton devait bien aimer Roussel pour lui avoir donner une si bonne idée…

--Christophe Huss

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