Ce Rigoletto est le même que celui édité par Myto en 1994. Si vous avez la version Myto inutile de racheter celle-ci car la plus value sonore est minime. Si vous avez le choix entre les deux éditions prenez celle-ci, un peu plus présente (mais privée des compléments de Myto: airs d'opéras avec Rudolf Schock).Evidemment ce disque sera inutile et inexistant pour certains internautes: "Quoi? Verdi en allemand? Vous n'y pensez pas..." D'accord, argument irréfutable, vous pouvez arrêter de lire. Quant à moi j'attends toujours une meilleure version de Rigoletto que celle-ci, une version aussi fulgurante. Si vous connaissez l'enregistrement de 1949 de la 5e de Tchaïkovski par Fricsay et le Philharmonique de Berlin, hallucinant vortex qui engloutit l'auditeur: vous en avez ici le strict équivalent appliqué à l'opéra. On rappellera d'ailleurs en passant que Fricsay a par deux fois enregistré le Requiem de Verdi.
Je ne peux faire plus éloquent que de citer les mots de Pascal Brissaud dans le numéro 77 du magazine Répertoire: "Foudroyant, le chef hongrois l'est à chaque instant, qui fait de cette œuvre un cauchemar, où l'absolu pessimisme du propos s'accorde avec la nervosité épurée d'une direction qui frissonne et qui brûle".
Chacun verra midi à sa porte, mais au bout de 10 minutes je me rends à peine compte que c'est en allemand... Il ne s'agit d'ailleurs pas d'un live ou d'un "pirate", mais bel et bien d'un enregistrement de radio réalisé sur une période de 10 jours en studio, en septembre 1950, à l'endroit même où le Philharmonique de Berlin enregistrait ses disques. La monophonie aux aigus un peu métalliques est exceptionnelle de clarté et de dynamique.
Le plus exaltant est que Fricsay parvient à transmettre les accents, les fulgurances à l'ensemble de la distribution, choeur compris. Tout le monde est littéralement transcendé. Or tous, Metternich et Schock en tête, paraissent intégrer naturellement toute cette fatalité. Cela n'en met que plus hors du temps et de l'espace la Gilda cristalline et fragile de Rita Streich, qui chante un "Caro nome" détaché, d'anthologie.
Mais c'est dans les transitions, dans tous les détails que se niche la fulgurance d'un enregistrement absolument inégalé, et, à mes yeux, rigoureusement indispensable à tout amateur de Verdi... malgré la langue.