Même si ce n'est pas indiqué, il s'agit du second coffret "Original Jacket" consacré à Vladimir Horowitz. Mais il est substantiellement différent. Original Jacket a été inventé par Sony et la parution du coffret 1 ne concernait que les enregistrements Columbia (devenu Sony). Maintenant que Sony et BMG ont fusionné leurs catalogues, le concept d'Original Jackets peut s'appliquer aussi au catalogue Victor (donc RCA). L'intégralité du coffret 1 était Sony; l'intégralité du coffret 2 est RCA, avec le retour d'enregistrements réédités en masse en 1989 dans le cadre de la "Collection Horowitz" sur RCA Gold Seal. L'ensemble avait donné lieu à un emboîtage en coffret de 22 CD, l'un des coffrets les plus "cheap" et hideux de l'histoire de l'édition phonographique des trente dernières années. Le contenu de cette boîte-ci est compilé avec une intelligence rare et une vraie connaissance du catalogue, même s'il n'innove pas et garde en l'état les programmes constitués pour les disques de 1989. La réédition de la 7e Sonate de Prokofiev, garde donc son couplage (Sonates de Barber et de Kabalevsky, Toccata de Prokofiev, Nocturne n° 13 de Fauré et Presto de Poulenc). Le seul manque flagrant d'un immense enregistrement est celui des Tableaux d'une exposition de Moussorgski.
Pour le reste on a deux CD Chopin (avec les Ballades, la 2e Sonate, l'Andante spianato et Grande Polonaise); le 3e de Rachmaninov (et la version 1980 de la 2e Sonate) avec Ormandy; le couplage du 2e de Brahms et du 1er de Tchaïkovski avec Toscanini; un Schumann emblématique (Concerto sans orchestre; Humoreske op. 20); un Scriabine tout aussi symbolique (Sonates n° 3 et 5; Études et Préludes); l'inattendue réhabilitation de Clementi; le CD de "Bis" célèbres, ainsi qu'un fourre-tout intitulé "Horowitz in recital".
Une réaudition met agréablement quelques pendules à l'heures, notamment quand elle commence par le disque de concertos avec Toscanini. Horowitz est l'un des seuls pianistes sur terre à jouer le 2e Concerto de Brahms et non une élucubration fantasmagorique alourdie d'après le 2e Concerto de Brahms. Autre constatation: l'imbuvable fat des dernières années c'est une chose; le grand Vladimir Horowitz, c'en est une autre... On écoutera pour preuve les Scènes d'enfants de Schumann de 1950 sur le disque "Horowitz Recital".
La légende est là, quoiqu'on ait voulu nous vendre sur le tard. Cette légende c'est une virtuosité totale, mais aussi un imaginaire extraordinaire, à l'origine de réappropriations majeures et fascinantes. C'est pour cela qu'Horowitz s'est permis Clementi; c'est pour cela qu'il reste l'un des scriabiniens du siècle ou que la Serenade of the Doll de Children's Corner (CD 10, plage 16) ne ressemble à aucune autre.
Malgré la technique très variable (enregistrements échelonnés entre 1930 et 1982), c'est là un grand opus éditorial.