On n'avait sans doute pas déjà assez de disques d'Ormandy qui a, grosso modo, enregistré trois fois le grand répertoire: une fois pour Columbia en mono, une fois pour CBS-Columbia en stéréo et, quand tout était fait, une nouvelle fois (dans les années 70) pour RCA. Ormandy est mort lorsqu'il commençait un quatrième tour de table, chez EMI...Ces enregistrements de concerts datent de 1954 pour Tchaïkovski et de 1952 pour le concerto. Sur le plan technique, on a noté 6 ces enregistrements monophoniques notamment parce que la 4e de Tchaïkovski est une grande mono: claire, juste et dynamique, un bijou dont on aurait aimé voir profiter Wilhelm Furtwängler, dont seule la 9e de Beethoven à Lucerne se rapproche de cette qualité sonore.
Le disque est facile à commenter mais impossible à noter. On peut en baisser la note ad libitum, ou presque, en considérant qu'Ormandy en demande tant à l'orchestre qu'il y a forcément des dérapages et des problèmes d'intonation. Si on compare ce document par rapport aux témoignages de studio bien léchés, il est évident qu'on serait entre 4 et 6. Ceci posé, pour ceux qui cherchent de la musique et des émotions plutôt que de la perfection instrumentale (l'orchestre se défend comme un beau diable, même si les dérapages sont immanquables) cette Quatrième est comparable à celle de Van Beinum (coffret Radio hollandaise): des frissons, il y en a!
Au début on s'énerve un peu devant la pondération du tempo, mais Ormandy est ici dans une optique "créative" (pas autant que Stokowski dans la même oeuvre, mais pas banale) et lâche les gaz par la suite. Il y a un permanent côté "je retiens"/"je lâche" dans cette interprétation à fleur de peau, traçant clairement le portrait d'un auteur torturé. Mais la plupart des idées d'Ormandy font mouche sur le plan de la décharge d'adrénaline. C'est ainsi qu'il faut prendre la chose, comme une sorte de cavalcade musicale un peu folle. En tous cas, c'est passionnant (et la fin est digne de Svetlanov en concert)
Le 4e Concerto de Saint-Saëns réunit deux vieux complices, qui s'entendent pour mener l'œuvre comme une grande arche, d'un début mystérieux à un irrésistible Finale. L'entente est parfaite, le style sûr: on n'en attendait pas moins. La captation de 1952 est un peu plus glauque.