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OTTORINO RESPIGHI
La campana sommersa

Laura Aikin (Rautendelein); John Daszak (Enrico); Roderick Earle (L'Ondino); Kevin Conners (Il Fauno); Alessandra Rezza (Magda); Peter Klaveness (Il Curato); Paul Kong (Il Maestro); David Alegret (Il Barbiere); Ewa Wolak (La Strega)

Choeur Opéra Junior
Orchestre National de Montpellier

Friedemann Layer

Accord- 2 CD 476 1884(CD)
Référence: aucun

rating

Remerciera-t-on jamais assez Montpellier (Opéra national et Festival de Radio France) et Accord? Grâce à leur partenariat, le mélomane n'a plus à courir les disquaires spécialisés (souvent en vain!) pour se faire une idée plus précise d'opéras qui connurent en leur temps leur heure de gloire avant de tomber dans l'oubli.

Jusqu'à aujourd'hui, pour écouter La campana sommersa (La Cloche engloutie), opéra en quatre actes d'Ottorino Respighi (1879-1936), il fallait partir à la recherche d'un coffret microsillons publié jadis sous étiquette MRF, écho d'un concert de la RAI dirigé par Bruno Bartoletti en 1976, avec une improbable équipe de solistes. Hungaroton, en effet, dans le cycle Respighi entamé dans les années 1980 sous la direction de Lamberto Gardelli (Maria Egiziaca, Semirama, Belfagor, La Fiamma), avait laissé de côté cet opus, aucune firme ne venant ensuite combler cette lacune du catalogue CD (La bella dormente nel bosco et Lucrezia, publiées chez Marco Polo, ont eu sur ce plan davantage de chance, la seconde connaissant même l'honneur d'un autre enregistrement chez Bongiovanni).

Composée à la même époque que les illustrissimes Pins de Rome et créée avec grand succès à Hambourg le 18 novembre 1927, La Cloche engloutie s'inspire de la pièce homonyme du dramaturge Gerhardt Hauptmann (Die versunkene Glocke). Emballé par ce drame symboliste que Ravel avait songé à mettre en musique, Respighi décida dans un premier temps de rester fidèle à la langue allemande, avant de passer commande à Claudio Guastalla d'un livret en italien. Là réside sans doute son erreur: dès les premières plages du coffret Accord, la langue italienne sonne comme « plaquée » sur une musique appelant expressément l'idiome germanique. Respighi était trop bon compositeur pour ignorer, dans sa partition, tout ce qui rattachait l'intrigue au nord et au centre de l'Europe, à commencer par l'opposition entre le monde surnaturel des elfes, nymphes et ondins et celui des humains. On songe ici aux Undine de Hoffmann et Lortzing, aux Rusalka de Dvorak et Dargomizhski, à la Loreley de Catalani (le musicien italien du tournant du siècle sans doute le plus marqué par l'influence de l'Allemagne et de l'Autriche)... On y songe même un peu trop : le livret de La Cloche engloutie a un indéniable parfum de déjà-vu et déjà-entendu.

Par chance, la musique atteint souvent des sommets, quitte à perdre à plus d'une reprise le fil de l'intrigue dans l'évocation du "Pré d'argent" où vivent les créatures de l'autre monde. Il est certes toujours difficile de porter un jugement sur un opéra sans l'épreuve de la scène. Telle qu'elle se présente au disque, en tous cas, La Cloche engloutie, par-delà ses relâchements dans la tension dramatique, est une œuvre splendidement écrite, tant sur le plan orchestral que vocal. Privilégiant la continuité du discours (il n'y pas d'airs, de duos ou d'ensembles à proprement parler), Respighi affirme une incontestable originalité dans l'inspiration, même si des rapprochements s'imposent inévitablement dans l'oreille de l'auditeur avec les grands courants musicaux de l'époque : le Puccini d'Il trittico et de Turandot, le Richard Strauss de Die Frau ohne Schatten...

Certains passages sont même franchement enivrants : la fin du deuxième acte, quand Enrico, le forgeron mortellement blessé alors qu'il tentait d'empêcher la cloche nouvellement sortie de ses mains de basculer dans l'eau, est ramené à la vie par les baisers de l'elfe Rautendelein; l'arioso d'Enrico au troisième acte, somptueuse évocation d'un temple merveilleux où les pèlerins se rendraient le cœur en paix, en ignorant la haine et les mauvaises pensées; l'échange amoureux qui suit avec Rautendelein; la scène où ses enfants viennent annoncer au forgeron que son épouse Magda, désespérée d'avoir été abandonnée, s'est jetée dans le lac; et bien sûr le tableau final, dix sublimes minutes pendant lesquelles Enrico s'éteint doucement dans les bras de Rautendelein en invoquant le soleil.

Capté à l'Opéra Berlioz le 4 octobre 2003, le concert montpelliérain bénéficie d'abord de la magnifique direction d'orchestre de Friedemann Layer, parfaitement à son aise dans cette écriture où l'opulence sonore n'exclut jamais le raffinement. La soprano Laura Aikin rayonne de lumière et de poésie en Rautendelein. Le ténor John Daszak fait oublier sa fatigue dans l'aigu (le rôle d'Enrico est écrasant) par son engagement, et les autres personnages sont tous impeccablement campés, avec une mention pour le ténor percutant de Kevin Conners en Faune et le profond contralto d'Ewa Wolak en Sorcière des bois.

Un disque important, même si, pour les raisons sus-mentionnées, La campana sommersa n'est sans doute pas l'opéra le plus réussi de Respighi. Si vous voulez découvrir quel formidable compositeur lyrique il fut, précipitez-vous sur La Fiamma, son testament artistique, créé à Rome en 1934, flamboyante fresque historique où le goût pour le surnaturel s'unit cette fois à une infaillible intuition dramatique. La version Hungaroton a ses mérites mais ne manquez pas, si vous la trouvez, de jeter une oreille à l'édition Agorà dirigée par Gianluigi Gelmetti, avec une fulgurante Nelly Miricioiu.

--Richard Martet

Les 10/10 du mois

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Concerto pour violon
DMITRI CHOSTAKOVITCH
Quatuors à concers n° 7 et 8
James Ehnes
Orchestre symphonique de Melbourne; Ehnes Quartet
Mark Wigglesworth
Onyx

CARL PHILIPP EMANUEL BACH
Magnificat Wq 215, Heilig ist Gott Wq 217, Symphonie Wq 183/1
Elizabeth Watts; Wiebke Lehmkuhl; Lothar Odinius; Markus Eiche
RIAS Kammerchor; Akademie für alte Musik Berlin
Hans-Christoph Rademann
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FELIX MENDELSSOHN
Symphonie n° 2 "Lobgesang"
Christiane Karg et Christina Landshamer (soprano); Michael Schade (ténor)
Choeur et Orchestre de la Radio bavaroise
Pablo Heras-Casado
Harmonia Mundi

PAUL HINDEMITH
Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Weber
SERGE PROKOFIEV
Suite de L'Amour des 3 oranges
BÉLA BARTOK
The Mandarin miraculeux
Orchestre symphonique de Kansas City
Michael Stern
Reference Recordings

WOLFGANG AMADEUS MOZART
Les Symphonies (45)
Orchestre de chambre danois
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