Les neuf compositeurs réunis dans ce coffret ont en commun d'avoir émigré d'Europe centrale en Angleterre dans les années 30, pour les raisons que l'on imagine. Le directeur artistique de cette entreprise n'est autre que Michael Haas, qui a dirigé la collection "Entartete Musik" chez Decca.Le fait d'avoir émigré puis de s'être définitivement fixé en Angleterre ne présuppose en rien des orientations esthétiques des compositeurs. Dans l'ensemble, ces compositeurs n'ont rien de très avant-gardiste. La plupart se positionnent sur un post-romantisme souvent organisé sur des structures très classiques, avec un langage tonal assez voire très élargi. Plusieurs d'entre eux ont été formés à Vienne par Guido Adler, ce qui les rattache à la tradition autrichienne la plus sérieuse (Adler était disciple de Bruckner et ami de Mahler). Des neuf, deux seulement sont assez connus, quoique leurs œuvres n'encombrent pas les bacs des disquaires : Egon Wellesz (1885-1974) est représenté par un magnifique Octuor pour cordes et vents, créé en 1948 par le Wiener Oktett, ainsi que par quelques Lieder des années 1910 où curieusement, il se montre sensible à l'influence de Debussy, alors que de Berthold Goldschmidt (1903-1996), on entendra une Fantaisie pour violoncelle, hautbois et harpe (1991), qui résonne avec nostalgie comme un témoignage post-romantique décalé mais délicieux.
Parmi les heureuses découvertes, il faut encore citer encore la Sonate pour violon et piano (1920) d'Hans Gal (1890-1987) où la forme classique bien maîtrisée compense le lyrisme intense; la Sonate pour violon et piano (1960) de Matyas Seiber (1905-1960) plus proche de la musique anglaise, indifférente aux modes et aux avant-gardes; le Quintette pour instruments à vents (1934) de Franz Reizenstein (1911-1968), composé à l'époque où le compositeur était encore l'élève de Hindemith, dont l'influence est ici sensible. On entendra encore deux petites pièces pour violon et piano de Leopold Spinner (1906-1980), élève de Webern, et le seul des compositeurs à avoir utilisé la technique dodécaphonique, non sans élégance; un Intermezzo pour violon et piano de Peter Gellhorn (1912-2004), d'un lyrisme touchant; Coventry (1941) de Vilem Tausky (1910), une sobre "méditation" pour quatuor, composée après les bombardements de la ville; et trois Lieder de Karl Rankl (1898-1968).
À part l'Octuor de Wellesz, rien de tout cela n'est de premier ordre, mais ce programme remémore des carrières difficiles et intéressantes et témoigne de la forte présence dans l'Europe du XXe siècle, d'un langage classique élargi, ni rétrograde, ni ultra-moderniste et que les divers compositeurs savent accommoder à leur palette. Dans tous les cas, l'interprétation est d'un niveau superlatif.