L'interprétation (si l'on peut utiliser ce terme s'agissant de cette compétente lecture) s'oppose à ce qu'on a coutume d'entendre dans Vivaldi, compositeur paré aujourd'hui de beaucoup plus de théâtralité et d'incisivité.La vision de Taylor et de ses musiciens, vue par le bon côté de la lorgnette, est pastellisée et contrite, ou, vue par le mauvais côté, anémique. Soyez en tous cas assurés que c'est une approche minimaliste d'une douleur rentrée (cf. instruments dans "Cujus animam"), par opposition aux expressions bien plus extraverties que nous avons entendu ces dernières années, la plus poignante étant celle de Carlos Mena.
Le meilleur moment du CD est l'idée de la succession Stabat Mater de Vivaldi et Salve Regina de Pergolèse, deux partitions voisines, qui se complètent très bien. Mais dans la transcription par Bach du Stabat Mater de Pergolèse, le côté émacié des coloris de l'orchestre, la conduite attentiste et pâmée de la musique, sont vraiment en retrait par rapport aux meilleurs enregistrements, tel celui de Bernard Labadie (ATMA). S'ajoute au tableau le timbre sec et peu charmeur d'Emma Kirkby. Mais la chanteuse a ses adeptes qui s'intéresseront sans doute à cette parution.
Si vous cherchez une vision étale d'une musique que vous trouvez d'habitude surchargée et bousculée, ce disque vous satisfera.