Le nouveau projet discographique de Cecilia Bartoli rend hommage aux castrats et se range (à part les grotesques images de l'artiste en statue de marbre) parmi les opus importants de la discographie de l'artiste.Ce qu'on entend ici est vertigineux et me remémore instantanément la remarque d'une grande chanteuse internationale assise, par hasard, à côté de moi lors d'un récital parisien de Bartoli il y a un peu moins d'une dizaine d'années. "Je ne sais vraiment pas comment elle fait", m'avait-elle glissé. On retrouve donc ici des prouesses vocales inouïes, à l'image du l'air de Porpora qui ouvre le disque.
Mais Sacrificium, ce ne sont pas que les vocalises en montagne russes; ce sont aussi de magnifiques airs élégiaques ("Profezie di me diceste" de Caldara, plage 2, ou "Parto, ti lascio, o cara" de Porpora, plage 4). L'inspiration de ces inédits (onze airs sur douze) est de la veine du meilleur Haendel, Vivaldi ou Hasse.
Sacrificium ne demande pas de grandes litanies dithyrambiques: cette parution rassemble la curiosité musicologique, le soin éditorial maximal (du moins dans la version Deluxe), une chanteuse sans équivalent, des accompagnateurs ardents, de la belle musique et un projet parfaitement abouti. Le reste est largement décrit dans l'excellente notice de l'un des disques de l'année 2009.