À l'olfactomètre, Pletnev l'emporte dans la calibration des disques Beethoven qui sentent l'ego et le m'as-tu-vu à plein nez. Mais Mustonen l'est pas loin derrière!J'ai cru pendant un mouvement du 4e Concerto que ce dernier SACD de l'intégrale pourrait être moi pire. Il y a clairement une idée de faire sonner le piano très en évidence et d'une manière sèche rappelant le pianoforte. Tous les phrasés sont repensés et surarticulés, comme un exercice d'orthophonie musicale.
On peut croire à une sorte de "vision". Mais pas pour longtemps. À la première entrée du piano dans le 2e mouvement du 4e Concerto le vrai visage de ce Beethoven-Mustonen apparaît, lorsque le pianiste ralentit et se pâme. C'était donc juste du guignol musical.
Le 5e, lui aussi, est tiraillé, genre le gars qui a besoin de gueuler dans l'oreille d'un malentendant qui a oublié son Sonotone. Le défaut du 5e Concerto par rapport au 4e est aussi dans la réplique orchestrale souvent passive, notamment dans le premier volet. Mais Mustonen triture tellement ses touches; comment voulez-vous qu'il s'occupe de l'orchestre?
Cela dit, si dans les autres concertos sur 100 idées il y en a 95 à jeter, dans l'Empereur, souvent assez mal interprété, ce ratio est un peu meilleur: disons 80... La pulsation du mouvement lent, par exemple, est remarquable, mais le phrasé du piano (avec le soulignement des notes aiguës et le ralentissement subséquent) est insupportable. Quelle manie a ce pianiste de casser ce qu'il construit!
Si vous en avez marre du 4e et du 5e Concerto de Beethoven et que vous voulez écouter une "version-choc", Mustonen a pensé à vous combler. Mais j'ai quand même beaucoup de mal à imaginer qu'on pourrait en avoir marre de Ludwig van Beethoven et s'intéresser à ce point à Monsieur Mustonen, excellent pianiste par ailleurs.