Voilà un disque vraiment impeccable, dont la très haute tenue violonistique, mais aussi l'intensité expressive, convainquent pleinement.Il y a évidemment trop plein discographique, mais la roue tourne et même si EMI, avec Milstein-Steinberg, Milstein-Fistoulari, OIstrakh-Szell, Oistrakh-Klemperer, Perlman-Giulini, Perlman-Barenboïm et j'en oublie, a, en la matère, "déjà donné", on ne peut mettre en cause la légitimité de documenter les artistes d'aujourd'hui. Le discophile a eu dans les dix dernières années les versions modernes majeures d'Anne-Sophie Mutter (2e enregistrement), Gil Shaham, Joseph Swensen, Julia Fischer et Vadim Repin. Si l'on rappelle que Virgin Classics a édité un CD intéressant de Christian Teztlaff, il ressort d'évidence des listes-ci dessus, qu'EMI a dominé la discographie jusque dans les années 80, et que DG (avec Mutter, Shaham, Repin) a repris la main depuis.
La parution de Sarah Chang rétablit ici un certain équilibre et c'est vrai que dans un monde idéal, il faudrait avoir le temps de passer deux jours à scruter mesure par mesure les mérites comparés des acteurs de l'après-Perlman dans le concerto de Brahms, acteurs auxquels on ajoutera Hilary Hahn (Sony).
Là où Chang surprend vraiment, c'est dans la matière sonore. J'avais plutôt en tête jusqu'ici qu'EMI avait dans son écurie une violoniste Chang (Sarah) élégante, très sûre et un peu lisse, et une violoncelliste Chang (Han-Na) au son étonnamment puissant. Ce couplage Bruch/Brahms rétablit en ce qui me concerne l'équilibre. La salle de concert est ici seule vraie juge, mais au disque, la puissance d'archet, l'expression de Sarah Chang, notamment dans le 2e mouvement du Brahms, est stupéfiante.
Il reste cette élégance innée, cette volonté, aussi, de beau son (vertu cardinale que - sur certains artistes, qui en sont dépourvus - le marketing tend à nous faire oublier) et la manière de ne pas "tirer l'oeuvre à soi". D'ailleurs les tempos ne s'enlisent jamais. Dans les pianissimos du 2e mouvement de Bruch, la matière sonore reste toujours tangible, dans le 3e mouvement de Brahms rien n'est savonné.
Évidemment la plupart des discophiles n'ont pas "besoin" de ce disque, mais cela ne doit pas nous empêcher de clamer qu'il est magnifique!