Voilà le bout de la route d'Alfred Brendel, le concertiste: un récital, gravé le 14 décembre 2008 à Hanovre et un 9e Concerto de Mozart joué à Vienne le 18 décembre 2008 à Vienne.Qui douterait de la sincérité de cet artiste sera confondu par ce qui est aussi la limite de la présente parution: la prise de son. Celle-ci est proche. C'est une erreur. On sait que Brendel marmonnait ou chantonnait. Il aurait fallu s'attarder davantage à trouver un moyen de capter le piano en limitant les bruits émis par le pianiste.
Ici non seulement les micros sont encore plus proche, mais Brendel, dans la compréhensible émotion qui l'étreint, geint au point de paraître fondre en larmes ou manquer de souffle (mouvement lent de la D. 960; fin de la Sonate n° 13 de Beethoven). Je souligne cela, car même si le parcours musical est essentiel et sublime (cf. extinction de la dernière note du mouvement lent de la D. 960), ce n'est sans doute pas le CD à offrir à un non initié ou un non averti.
Cette loupe sonore pose par ailleurs une question de fond. Brendel étant un adepte du réglage feutré des pianos, je ne vois vraiment pas la cohérence esthétique qu'il peut y avoir à enregistrer ce pianiste avec un "micro-scope". Les geignements sont donc gênants par endroits, mais quand il le sont, ils le sont vraiment beaucoup (la fin de la Sonate n° 13 fait peur, presque...). Si vous écoutez au casque, oubliez carrément.
Mais quelle musique! Un flux idéal, une concentration absolue, un contrôle du son magistral, un équilibre des mains phénoménal (finale de la D. 960!). Brendel a aimé le piano aussi en tant qu'instrument. Celui-ci, réglé minutieusement, le lui rend bien. Il a aussi aimé les grands Viennois. Et eux aussi le lui rendent bien. Car, jamais, sur le plan musical, Brendel se laisse submerger par l'émotion.
De ces rencontres, Brendel lui-même indique qu'il est parti avec l'intégralité de tous ses moyens pianistiques (c'est évident) et semble considérer les deux Mozart comme étant l'accomplissement, non abouti précédemment, d'une "longue histoire d'amour".
Admirateurs de cet artiste, de Mozart ou de Schubert, malgré la réserve émise, cette parution est incontournable. C'est une page d'histoire qui se tourne. C'est pour cela que j'ai choisi de matérialiser ce moment par un 10/10 et de laisser chacun juger dans quel mesure les limites sus-décrites vont ou non l'empêcher d'apprécier ces concerts qui se transforment en rituels (ah! cet Impromptu en bis...)
Quand on en aura assez des pianistes prestidigitateurs vendus comme des produits de mode (car ils sont des produits de mode), on en reviendra au bon vieil Alfred avec la nostalgie d'une autre époque. Cet album la résume parfaitement.