Creusé et buriné, ce Concerto pour piano de Schumann très "romantisme profond" est un inédit, enregistré à Pleyel en concert en octobre 1984. L'approche de Michelangeli est très dans la manière des grands Seigneurs (proche de celle de Moravec): un creusement amoureux, plus qu'un élan. Même si mes intérêts me portent à préférer les visions "élans amoureux" aux "lettres d'amour", ce que j'entend ici est une construction posée du Concerto de Schumann. Il n'y a rien d'inessentiel dans la démarche de Michelangeli; pas de petites phrases énamourées, mais une sorte de "décortication" proche aussi du Schumann de Claudio Arrau. Le Finale, très noble, n'est assurément pas vivace au sens de "vif" (spritzig en allemand).
Ma grande question dans l'appréciation de ce Schumann noble et patient, est que certes l'enregistrement est un rien glauque avec un manque de "focus" (j'ai d'abord pensé que c'était capté au Palais des congrès), mais que, surtout, comme Michelangeli apportait son propre instrument, je suis surpris du réglage assez médiocre, notamment dans le médium et les graves. L'instrument n'avait-il pas un peu souffert du voyage? Il semble en tous cas fatigué (cf. cadence de I).
Le compagnon d'Arturo Benedetti Michelangeli est nettement plus en forme en mars 1982 aux Buttes-Chaumont. C'est là, comme les lives de la BBC, un sommet de la production debussyste de Michelangeli: la manière dont les aigus claquent dans reflets dans l'eau est un chef-d'oeuvre. D'ailleurs pour cette seule plage, le disque rentrera dans ma section réservée des CD pour l'Histoire. Les 20'45 de Debussy sont ici un 10/10 absolu qui suffira à inciter certains acheteurs. Le Schumann ne justifie pas à mes yeux un tel achat, mais il est sûr que les inédits de Michelangeli aussi intéressants ne courent pas les rues et sont forcément les bienvenus.