Trois versions parues en même temps à la fin de l'année 2009: Capuçon, Jansen et Steinbacher. Point commun amusant: aucun de ces trois solistes n'est a priori parmi les violonistes vers lesquels j'ai tendance à me tourner, mais tous les trois ont réussi, de trois manières différentes, leur concerto de Beethoven.Analyse du cas Janine Jansen, donc. La première bonne idée est d'avoir investi sur un chef. La Deutsche Kammerphilharmonie en autogestion, dans l'enregistrement Batiashvili paru fin 2008 c'est bien sympa, mais l'oeil de lynx de Paavo Järvi c'est autre chose! Comme on peut s'y attendre, il s'agit d'un Beethoven épuré et net. L'Opus 61 ne devient pas une divagation post-brahmsienne. C'est "la bonne voie", ouverte par un enregistrement totalement méconnu que j'ai récemment redécouvert, en préparant cette analyse: Monica Huggett et Charles Mackerras, enregistrement de 1992, qui précède donc celui de Vera Beths et Bruno Weill (Sony, 1998, insupportablement militants et froids).
Mais c'est vraiment dans les années 2000 qu'une nécessité de relecture a vu le jour, avec Mullova-Gardiner (paru en 2002), enregistrement consistant, bien plus que Bell-Norrington (Sony, 2002), alliance improbable de la carpe et du lapin. Dans cette veine, qui nous fait respirer un grand air (grosso modo, on passe de 45 minutes à 41 minutes environ), Mullova-Gardiner, Tetzlaff-Zinman et Jansen-Järvi sont aujourd'hui les trois versions majeures, mais sans se chevaucher. Mullova et Gardiner c'est la transparence des instruments anciens; Tetzlaff-Zinman une puissance plus symphonique, un violon plus pugnace et des idées de phrasés et d'éclairages polyphoniques partout; Jansen-Järvi est proche de Mullova-Gardiner mais avec un autre diapason et plus de mordant, c'est-à-dire des qualités de Zinman, mais avec un orchestre plus réduit, plus transparent.
C'est dire aussi que l'approche est musicale et raisonnée, sans aucun militantisme: en 8'20, son Larghetto est poétique sans s'attarder. Simplement elle n'enlise pas le concerto, et c'est parfait ainsi. Du côté violon, on regrette que les micros soient une fois de plus sous les narines de la soliste. Ce n'est pas une catastrophe, mais sa respiration s'entend.
Janine Jansen a beaucoup mûri depuis ses débuts: ses trois derniers disques sont personnels et excellents (notamment le Bach). Il reste un son assez filiforme qui n'a pas le "gras" de Tetzlaff (d'où le 9 et non un 10).
Du redoutable Concerto de Britten, nous nous réjouissons que la nouvelle génération l'inclut enfin au répertoire. Après Zimmermann-Honeck (Sony), Jansen nous en donne une autre "nouvelle référence", acérée, mordante, très virtuose. Paavo Järvi assure une belle emprise sur le LSO. Couplage osé, mais probant... comme celui des nouveaux CD sur le marché.