Cette parution est du même acabit que celle des œuvres pour orchestre de vents par Frederick Fennell. Elle puise dans l'héritage de Telarc les enregistrements réalisés avec le système Soundstream, antérieur au PCM qui fut finalement adopté comme format numérique. Le report soigné en SACD est la meilleure manière de rendre justice à ce que renferment ces bandes, forcément dépréciées par la conversion en 16bits/44,1 kHz qu'elles subissaient en CD. L'aura de ces enregistrements date en fait de leur édition initiale en LP.Tout comme le disque Holst/Haendel de Fennell, la 3e de Saint-Saëns par Michael Murray et Eugene Ormandy (il existe un enregistrement ultérieur du même organiste pour le label américain) était un emblème de cette période éditoriale qui ne dura que quelques années (entre 1979 et 1982 à peu près), même si l'orchestre a toujours paru un peu effacé dans cet enregistrement.
Le SACD stéréo hybride qui paraît aujourd'hui m'a permis de comprendre que l'esthétique de l'enregistrement est vraiment comparable à celle de Plasson chez EMI ou à l'enregistrement (manqué) paru récemment chez Audite: une 3e de Saint-Saëns jouée dans une église et s'inscrivant dans l'acoustique naturelle, ceci l'opposant aux enregistrements réalisés exprès pour le disque avec l'orchestre dans une salle et l'orgue dans son église (Cochereau-Karajan ou Litaize-Barenboïm, par exemple) amplement "bidouillés" et artificiels. Le meilleur compromis reste évidemment celui d'une salle de concert renfermant un orgue adéquat: c'est le cas de l'enregistrement de Claus Peter Flor (Berlin Classics), avec son mouvement lent hors du temps.
Ceux qui s'attendent à du vacarme ici en seront pour leurs frais: l'acoustique naturelle de l'église St François de Salles de Philadelphie induit une certaine distance entre l'auditeur et la musique, tout en ne nuisant pas à la précision de la perception du message musical. Il n'empêche: on pourra tout de même reprocher à Ormandy une direction un peu atone et molle. Par contre, l'œuvre respire très bien, dans une ambiance juste. Murray registre parfaitement et au mixage les ingénieurs n'ont pas exagéré la part de l'orgue, dont la vraie explosion sonore est amenée sur l'accord final.
Comme dans le SACD de Fennell, cette 3e de Saint Saëns se retrouve complétée par un disque complet, le récital de pièces françaises célèbres gravé par Murray en 1981 au Symphony Hall de Boston. Il n'y a là rien à redire: le répertoire grand orgue romantique français revit avec faste sur un instrument remarquable et très bien capté. D'où un regret: c'est avec le Boston Symphony et dans cette salle qu'il aurait fallu enregistrer la symphonie!