Assurément, Neeme järvi a du cran: 62 minutes et 5 secondes pour la 5e Symphonie de Bruckner. Oui, vous avez bien lu... et il n'y a pas de coupures!Le chef estonien nous refait le coup d'Ormandy dans la 7e: une mise à plat totale des tempos. On lui reconnaîtra le mérite de l'intégrité, car sa démarche – même si outrée - est logique et bien menée.
Oui on peut comprimer, densifier et "adrénergiser" le texte musical. Mais il y a certaines choses incompressibles comme le potentiel d'un Adagio sous titré "sehr langsam" de devenir un Andante con moto. 11'15 pour un mouvement qui dans cette édition prend en moyenne 18 minutes (et jusqu'à 21,27 pour Solti, le plus lent) et descend à 14 ou 15 minutes pour les plus fluides (qui le dirigent en 2, comme Järvi), cela frise la provocation.
Sans aller jusqu'à la provoc', il me semble que cet enregistrement, dont je ne doute pas de la sincérité, se veut un postulat pour une laïcisation de Bruckner. Architecture rime ici avec mécanique, mais avec un souffle qui prend des contours tout à fait extraordinaires dans le cinglant Finale.
C'est surprenant, mais voilà assurément un Bruckner qui devrait plaire aux baroqueux et à ceux qui ne sont pas intéressés a priori par le compositeur. Le CD devrait aussi attirer, titiller et parfois choquer ceux qui ont une discographie Bruckner bien fournie.