La principale qualité de Vassily Primakov est un jeu perlé, joliment détaché. Ce jeu reste cependant enchâssé dans une forme d'appui assez uniforme.Primakov a l'avantage de ne pas tripatouiller Mozart, mais il montre bien que la félicité est réservée à des artistes au toucher d'exception (cf. la récente édition du 24e par Alicia de Larrocha) ou de musiciens qui ont pénétré le monde de Mozart, tel Christian Zacharias. Cette musique a des codes particuliers dans la manière de gérer les différences dynamiques ou les phrasés. Primakov n'a pas pénétré ce monde.
Le groupe des quatre derniers concertos forme apparemment un volume 1 d'une intégrale. Il se signale par deux éléments autres que ceux susmentionnés. D'abord, un choix assez original de cadences, notamment celle de Fauré, délibérément romantique, dans le 24e Concerto. Primakov épice lui-même la cadence de Hummel pour le 25e et utilise celle de Wanda Landowska dans le 26e Concerto. L'ensemble vise à tirer Mozart vers Beethoven; tentation fréquente ces temps-ci. Ensuite, hélas, il y a l'orchestre d'Odense, qui a l'air de réciter laborieusement son Mozart. La platitude grise de cet accompagnement plombe l'ensemble et ne laisse émerger que de très rares moments de grâce, dont le 2e mouvement du 25e Concerto, l'instant magique de cet album.
L'orchestre plombe assurément la notation, mais Primakov reste un pianiste à suivre: il y a ici des moments très intéressants et prometteurs, comme le perlé-détaché du Larghetto du 26e Concerto.