Naxos est allé chercher à la radio canadienne un document important et éclairant: l'ultime concert de Witold Lutoslawski (1913-1994), donné le 24 octobre 1993 à Toronto.Non seulement le document est intrinsèquement émouvant, mais il est aussi très important, car il rassemble en 76 minutes les grandes partitions non orchestrales (de ce point de vue il faut rajouter le Concerto pour piano et la 4e Symphonie) de ce qu'on peut appeler "la dernière décennie" du compositeur.
Ironiquement, le parcours s'achève sur un cycle vocal presque "grand public" d'une grande tendresse poétique: Chantefleurs et Chantefables, sur des poèmes de Robert Desnos. C'est un essentiel de Lutoslawski que Valdine Anderson chante avec une voix droite et presque blanche, parfaitement adéquate. C'est d'ailleurs la seconde superbe interprétation de cette œuvre au catalogue Naxos après la version dirigée par Antoni Wit. Celle de Lutoslawski est d'une précision lapidaire, dans les glissements tonaux et dans la rythmique. La taille réduite de l'orchestre offre la possibilité d'expressions instrumentales intenses qui ne couvrent pas la voix.
Autre héroïne de ce concert: la violoniste Fujiko Imajishi, première violoniste du Ballet National du Canada et du Esprit Orchestra (ensemble spécialisé dans la musique contemporaine). Tant Partita que Chain 2 (partition que l'on connait grâce à Anne-Sophie Mutter) sont interprétés avec justesse finesse, et sans aucune recherche brio romantique. Imajishi trouve la "température sonore" idéale en distillant un vibrato palpable mais jamais exagéré et en jouant en funambule sur la chanterelle.
Émouvant, historique et admirable.