Cela commence plutôt bien. Il est évident que dans le Concerto pour deux pianos, Immerseel et sa bande cherchent à mettre en valeur des coloris insolites. Evidemment l'utilisation de deux pianos Erard de 1896 et 1905 facilite le travail, avec ces aigus résonnants comme sertis dans du vieux bois. Le passage balinais de la fin du 1er volet vaut assurément que je ne jette pas ce disque aux orties.Évidemment, on finit par connaître Jos van Immerseel, très très enclin à tirer la couverture à lui en jouant au provocateur ou en poussant le bouchon trop loin. On le sent dans l'étrangeté voulue de certaines colorations orchestrales, qui deviennent des événements sonores. Cela ne faisait pas partie des traits d'esprit musicaux de Poulenc.
Pour ce qui est de l'impact, on comparera le Finale à celui du disque dirigé par Stéphane Denève (RCA). "No comment" sur le fossé entre la ballade pauvrette d'immerseel et le vrai esprit anguleux et la sécheresse chez Denève (ou Hickox). Le charme canaille est absolument étranger à Immerseel et sa bande, d'autant que les coloris orchestraux sont intrinsèquement laids. On résume donc aisément: ce disque fait illusion pendant 14 minutes, le temps de deux mouvements.
La Suite française est un babillage néo quelque chose sans conséquence. Son orchestration réduite colle bien au projet et en fait un interlude décent.
Mais là ou le projet vire au pur scandale, c'est dans le Concert champêtre. Monsieur Immerseel a décrété que le type de clavecin pour lequel Poulenc a écrit son oeuvre "ne convient pas" pour jouer avec un orchestre. Il a donc choisi une copie d'un clavecin de 1749, qui sonne comme une épinette dénutrie. Tout cela est misérable et totalement contraire au projet esthétique de Poulenc.
La fatuité des certitudes du chef égale celle des théories de Norrington sur le vibrato chez Mahler. Le rapport et le son voulu par Poulenc a été documenté plusieurs fois et au premier chef par la plus géniale version de ce chef-d'oeuvre: celle de Susanna Ruzickova et Kurt Sanderling, avec la Philharmonie tchèque, que Supraphon s'obstine à oublier dans ses tiroirs. Ici l'oeuvre est défigurée.
C'est quand même une cinglante ironie que ce soit une claveciniste tchèque - au physique de star de cinéma, certes - qui soit chargée du massacre, 42 ans après sa glorieuse ainée!