Décidément, cela commence à faire beaucoup de réussites à un degré de constance exceptionnel. À tel point que lorsque j'ai découvert ce disque je me suis dit que depuis Milstein je n'avais pas connu un "ami violoniste" aussi fidèle à tous ses rendez-vous, aussi chaleureux, aussi ensorcelant et aussi simplement modeste et "classieux" dans sa manière de faire de la musique (la Sérénade mélancolique est à fondre sur place).Lorsque j'ai critiqué le disque de Valeriy Sokolov, je n'avais pas encore reçu celui-ci et ne savais donc pas que le gentil Sokolov se faisait planter-là par la superbe d'Ehnes dans le Bartok, certes, mais AUSSI dans le Tchaïkovski.
Ce que donc je cherchais chez Sokolov - le panache, la poésie, le moelleux, la corde de sol qui sonne, etc. - je le trouve ici, avec Ehnes. Je ne suis pas sûr à 100% que Ashkenazy soit le partenaire le plus extraordinaire pour un enregistrement du Concerto de Tchaïkovski, mais le pianiste-chef fait son boulot correctement et sa présence permet de l'avoir comme pianiste dans Souvenir d'un lieu cher et donc de disposer, comme avec le CD Bartok d'Ehnes chez Chandos, d'un programme parfait.
C'est évidemment un 10/10 gros comme une maison, mais, me souvenant d'un Tchaïkovski avec Nagano en concert, je sais qu'Ehnes peut aller encore plus loin dans la prise de risques.
Avec Ehnes, Kavakos, Zimmermann et Gluzman la garde des violonistes féminines qui ont soudain surgi comme le "sexe fort" du violon ces dix dernières années, ont fort à faire pour se faire entendre. À vrai dire seules Mullova (dans la génération Kavakos-Zimmermann) et Julia Fischer, et peut-être NicolaBenedetti, me semblent avoir la carrure requise.