Intéressante configuration: un orchestre "connaisseur" des choses baroques, dont le 1er violon n'est autre que Carmignola; un chef de formation traditionnelle, qui se targue de s'intéresser aux avancées baroques, et de grandes oeuvres du répertoires qu'Abbado a déjà gravées.Gardiner s'est penché sur les dernières symphonies de Mozart récemment, et le résultat parait plus consanguin. Ce qui vraiment étonnant ici, c'est un "non choix"; celui de l'épaisseur sonore. Je n'ai jamais entendu un Mozart "informé" aussi épais et opaque de son; aussi massif. Cela me rappelle au temps du microsillon les premiers essais de symphonies de Beethoven avec orchestres de chambre, dans lesquels la technique "compensait" le moindre nombre d'instruments en grossissant l'image d'ensemble.
De cette masse (choix d'Abbado ou incapacité des ingénieurs à aérer l'image sonore?) sortent régulièrement les bois pour leurs petites interventions. Pour caricaturer vraiment (oui, ça m'amuse), c'est du Karajan-Berlin-DG avec un son de cordes nettement moins beau!
Quelques différences quand même: les phrasés sont plus travaillés et actifs et le vibrato des cordes spartiate. Mais comme le son est "moderne", on a l'impression d'un orchestre de taille moyenne, aux caractéristiques sonores un peu sèches.
Bref, il n'y a là aucun décapage d'aucune sorte. Le "rafraichissement" par Abbado de ses propres visions, on s'en moque complètement. Quant à Mozart, Harnoncourt est plus audacieux dans les phrasés, Gardiner plus acéré et transparent (sa récente 39e est incomparablement supérieure), Brüggen plus fruité, Kempe plus étagé et Karajan (à ne pas mésestimer!) plus luxueux.