Chopin peu aussi être affaire de goût et de subjectivité. Comparé au disque concommitant d'Amir Katz, il n'y a même pas photo: Katz est un joueur de piano et Lortie un pianiste qui parvient à faire exister la musique entre les notes et à faire oublier la mécanique de l'instrument. Bref, il fait de la musique. Cette musique est cadrée sur le plan sonore de la plus exceptionnelle façon: avec un Steinway réglé au cordeau par un des meilleurs accordeurs du monde et capté par Brian Couzens, dont on ne vante plus les mérites depuis les Debussy de Bavouzet. Un 10 technique donc, sur tous les plans.
La question de la subjectivité intervient dans la perception du non-écrit, c'est à dire au niveau de la respiration des phrases et le rubato. Lortie a de cela une conception à double facette s'agissant de la phrase pour elle-même et des sections des oeuvres. Ce "rubato propre et interne à l'oeuvre", si je puis l'appeler ainsi, fait en général que ce qui est calme est plus calme et que ce qui est orageux est plus orageux.
On a donc une sorte de Chopin "en houle", pas "maniéré" comme chez Barto, Fliter ou Luisada, mais libre et un peu pré-schumanien.
Si cette respiration est la votre, vous serez aux anges. Ce n'est pas à 100% la mienne (je trouve que Lortie joue un peu trop sur le tangage...) mais je la respecte, et la manière dont tout cela est fait est extrêmement cohérent et réalisé avec art.