Des quatre dernières symphonies de Dvorak, la Septième reste la plus originale et pose de manière particulière la question de son esthétique propre: doit-on la considérer comme une œuvre tchèque ou bien, comme Dvorak le ressentait, doit-on, dans une certaine mesure, la débarrasser de son étiquette «slave»?Autre question cruciale: faut-il l'inscrire dans la lignée des symphonies de Brahms (notamment la Troisième) comme semblent l'avoir estimé de nombreux chefs (Giulini, Kubelik) ou l'affilier aux symphonies beethovéniennes? C'est ce dernier choix que fait Claus Peter Flor. Sa lecture décape l'œuvre des influences parasites et l'inscrit dans une austérité beethovénienne que seuls, à ma connaissance, Vaclav Neumann et Karel Sejna avaient osé développer à ce point.
Le climax inquiétant de l'Allegro maestoso, traduit par le puissant souffle des cordes graves, donne le ton à l'ensemble de l'œuvre. Avec parcimonie, le chef évite toute sensualité: la lucidité est la qualité première de son interprétation. Il bâtit l'œuvre comme une arche qui trouve dans les dernières mesures du Finale sa résolution la plus fière et la plus éclatante.
Dans le premier mouvement, le développement joue principalement sur deux registres, poussant l'un vers l'épique et l'autre vers la douceur, sans jamais perdre de vue l'atmosphère inquiétante et le souffle dramatique. Les caractéristiques du style dvorakien sont sauves et l'on saura gré au chef de tourner le dos à tout "brahmsisme" et tout laxisme, par une direction serrée dépourvue de pathos et de sentimentalisme.
De ce point de vue, le Scherzo est tendu à l'extrême, avec vigueur et persistance sans la frénésie d'usage. Mais quelle atmosphère avec ce grondement des cordes (cf. Trio)! Flor maintient aussi la gravité dans un second mouvement étonnant, même s'il montre là les limites relatives de son intention, refusant de céder au lyrisme, notamment dans le second thème, plus élégiaque qu'ardent.
Une telle option interprétative oblige à réécouter et repenser l'œuvre symphonique de Dvorak, et l'on se prend à imaginer ce qu'un tel chef, avec une phalange aussi dédiée et concentrée, pourrait donner dans les Huitième et Neuvième Symphonies.
Enfin, cerises sur le gâteau, deux compléments majeurs et parfaitement cohérents: un Othello d'un dramatisme jamais atteint au disque et un Holoubek (La Colombe sauvage ou Le Pigeon des bois, selon les traductions) d'anthologie. Cette longue plainte poignante, funèbre trouve ici des accents dramatiques et humains exemplaires, rendus par une direction toujours aussi serrée et un orchestre d'une excellente tenue. Le chef enfonce ainsi le clou d'un disque étonnant; dramatique dense et noir.
Le 10/10 accordé à cette parution s'impose par sa vision renouvelée de ces œuvres symphoniques majeures de Dvorak. Pour ceux qui recherchent, malgré tout, les couleurs orchestrales spécifiquement tchèques, les versions Neumann demeurent toujours aussi pertinentes. Mais, dans la discographie numérique (des trente dernières années donc), seuls les enregistrements Dohnanyi et Mackerras témoignent d'une hauteur de vue, d'une cohérence et d'une portée comparables.