Nous sommes un lundi matin. Et je remercie Joseph Moog et Nicholas Milton d'exister, car écouter leur 3e Concerto de Rachmaninov me rince les oreilles du néant piéton de Ohlsson et Spano (ASO Media) que je viens de subir. Au moins ces deux artistes font de la musique! Cela ne permettra pas forcément à cette nouvelle version de s'imposer, notamment parce que la prise souffre d'un gros péché peu mignon: le placement très en avant du piano. Pour qui veut étudier la partie de piano du 3e de Rachmaninov la chose est parfaite, mais certains pans de dialogue avec l'orchestre passent un peu à la trappe, dès que l'orchestre n'est pas forte ou fortissimo.
Mais que de bonheur musical à entendre Moog relancer sans cesse le discours, comme Kocsis dans ses grandes heures. La comparaison n'est pas anodine: c'est là un immense compliment, et il est vraiment rarissime fascinant d'avoir un pianiste-dynamo de cette trempe, qui toujours projette le discours vers l'avant. C'est ce partenaire - et non le très surfait M. Tprceski - qu'il aurait fallu à Vasily Petrenko pour une intégrale des concertos. Cela aurait été un coup de tonnerre, surtout si l'ingénieur du son avait assuré une vraie balance de concerto.
Le couplage est intelligent et plus que judicieux, mettant en avant un concerto d'Anton Rubinstein d'une grande force et valeur. Mais la captation à ce point centrée sur le soliste fait perdre des choses dans l'interaction. Dommage.
Pianiste à suivre de près…