Difficile d'imaginer plus dissemblable que les CD de l'œuvre pour violoncelle et piano de Fauré par Gerhardt-Licad et Salque-Le Sage (Alpha).Le premier point est celui de la captation, ici un son peu confiné et cotonneux, comme un joli bonbon bien enveloppé. Le second est celui de l'approche sonore et musicale. Gerhardt et Licad, à armes égales, lisent et lissent des partitions. Certes le langage est différent de celui de Brahms, mais pas l'émission sonore et pas vraiment le phrasé. Salque et Le Sage n'arrêtent pas de nous parler, de nous interpeler, alors que Gerhardt et Licad déroulent un beau tapis de son devant nous.
D'ailleurs la plupart des tempos de Gerhardt et Licad sont un cran plus lent que ceux des Français: 5'38 contre 5'06 dans le 1er mouvement de la 1re Sonate: 7'42 sont 6'36 dans l'Andante de la 2e Sonate; 6'39 contre 5'58 dans l'Élégie. Ce geste plus vif de Salque-Le Sage est pleinement mis au profit de la respiration, alors que le regard plus fondu et élégant de Gerhardt-Licad, aplanit un peu cette musique dans une retenue élégante et internationalisée que la Sicilienne concrétise au plus haut point.
Curieusement, les interprètes font ultimement preuve d'audace en jouant, comme en bis (plage 12), l'Allegro commodo de la 1re Sonate à un vrai tempo allegro pour donner une autre perspective au mouvement. Si c'était comme cela qu'ils le sentait, il fallait oser de prime abord!