Cette fois-ci est la bonne! À son quatrième volet d'une future intégrale Mahler, Manfred Honeck glane le 10/10. Il faut d'emblée préciser que le SACD est un SACD Stéréo (lisible en CD). Il n'y a donc pas de multicanal ici.Ceci posé, il faut énoncer une vérité simple: l'orchestre de Pittsburgh sous la direction de ce chef est l'un des joyaux de la musique en Amérique du Nord, comme Vänskä-Minnesota ou, il y a peu de temps, Järvi-Cincinnati! Le point fort et distinctif de cet orchestre sont ses cuivres, non seulement exceptionnels, mais aussi cultivés – c'est-à-dire sans ce son plaqué et "plastronnant" typique de l'école américaine.
Si, jadis, on achetait une 5e de Mahler ou une 4e de Tchaïkovski par Solti et Chicago pour s'en prendre plein les tympans avec des cors, trompettes et trombones renversants, aujourd'hui c'est, dans le même esprit, Pittsburgh qu'il faut écouter. Cette 5e est, de ce point de vue, une pure orgie sonore et autant ces sons que la générosité des musiciens font le prix de l'enregistrement.
Tout cela pourrait aboutir à une impasse sans la direction érudite de Manfred Honeck. Érudite quant à l'univers sonor, justement. Sensible aussi à une sorte de patte "alt-Wienerisch", vaguement décadente mais pas sirupeuse (pour me faire gober un Adagietto en 11'24 il faut être très très fort!).
Je n'ai pas la même vision que Honeck de l'oeuvre et me situe davantage dans l'obédience de Neumann-Leipzig, passant avec moins de creusement ou de contraste sur les thèmes féminins, privilégiant un son plus lacérant que puissant/moelleux. Mais dans l'optique de Honeck (qui fut aussi celle de Solti) la réalisation est superlative - meilleure que chez Solti, car le lent Adagietto n'est jamais statique.
Depuis Chailly-Amsterdam je n'ai rien entendu de tel, tenant aussi bien et de manière aussi consistante sur toute la durée de l'œuvre, troisième volet compris!