Orango est un projet d'opéra satirique qui, s'il avait été parachevé, aurait sans doute coûté la vie à Chostakovitch. Imaginez simplement que l'archiviste Olga Digonskaïa, en retrouvant les fragments d'Orango dans les archives Chostakovitch, en 2006, puis le livret complet de ce pamphlet politique, a découvert qu'à la fin de cet opéra en trois actes, Orango, biomorphe mi-homme mi-singe, produit le plus avancé de la science soviétique, finissait par devenir secrétaire général du Parti communiste ! L'instinct de survie de Chostakovitch lui a dicté de ne pas faire aboutir le projet et de le cacher. Le suspense de la découverte de ce que pouvait «donner» cet ouvrage dont personne ne soupçonnait l'existence a duré 3 ans en ce qui me concerne. En mars 2009, j'avais, parmi les premiers, consacré un article développé à ce sujet, article qu'il ne sert à rien de paraphraser ici: http://www.ledevoir.com/culture/musique/240849/musique-classique-un-inedit-de-chostakovitch-est-redecouvert
Si le prologue d'Orango - 32 minutes de musique - a pu être enregistré, c'est grâce au travail de reconstitution et d'orchestration fort érudit de Gerard McBurney. Le résultat est criant de vérité et la musique d'une redoutable éloquence. On est nettement au-dessus d'autres partitions du même type, comme la cantate satirique Anti-Formalist Rayok, créée en 1989 par Rostropovitch. La musique que l'on découvre ici vaut donc largement le détour, notamment pour les interludes et scènes de foules.
Dans la vie de Chostakovitch nous nous situons après le succès du premier opéra, Le Nez (1928-1929) et parallèlement à la composition, à partir de 1931, de l'opéra Lady Macbeth du district de Mtsensk et de la 4e Symphonie, d'où le couplage, absolument imparable, d'Esa Pekka Salonen.
Il serait illusoire d'affirmer que Salonen égale le vitriol et les couleurs de l'inaccessible Rojdestvenski (enregistrement officiel et live) dans la 4e Symphonie, Mais Salonen (cf. le presto du 1er volet) fait largement aussi bien que les meilleurs challengers du chef russe (Previn, Haitink).
L'intérêt de l'objet discographique est dans le couplage et l'inédit enfin révélé. Il est donc sans concurrence.