Voici le meilleur disque de Simon Rattle depuis des lunes. L'adepte du petit détail qui tue se transforme ici en bâtisseur de structures, ce que je l'ai rarement entendu faire.En mettant en exergue la richesse de sa phalange (comme dans la 1re de Brahms, dont le 1er mouvement reste le "best of Rattle" à mes yeux), le chef anglais réussit donc ici à faire primer la cohésion architecturale de l'oeuvre et la symbiose polyphonique sur les maniérismes. Textures et massivité montrent que les Berlinois n'ont pas perdu la main.
L'attention sur ce CD de 82 minutes (!) sera attirée par l'inclusion d'une reconstruction du finale par un groupe de musicologues spécialistes du sujet : Samale, Philips, Cohrs et Mazzuca. Depuis l'enregistrement Inbal, en 1987, du finale de Samale et Mazzuca d'après les esquisses de Bruckner, il s'agit de la cinquième révision, et ce Misterioso dans cette version de 2012 a une certaine gueule. La nouvelle édition améliore la qualité de plusieurs ponts entre les esquisses, préserve les dissonances sans trouver une solution lumineuse à la coda. Disons que ses cinq dernières minutes sont un point faible, assez peu crédible, avec le retour alambiqué du thème initial.
Je reste admiratif devant la version-conférence de Harnoncourt et surtout la manière dont il teinte son interprétation des trois premiers volets de sa vision dantesque de ce qu'aurait été le Finale. Rattle ne va pas si loin, mais en termes de versions "complétée" il n'y a pas mieux.