ClassicsTodayFrance.com - L'actualité CD, SACD & DVD classique
Search Reviews
Pourquoi Classicstoday-France
L'edito de Christophe Huss
Les nouvelles du disque
Nos annonceurs
Accueil


GUSTAV MAHLER
Symphonie n° 2 "Resurrection"
CLAUDE DEBUSSY
La Mer

Eteri Gvazara (soprano); Anna Larsson (contralto)

Orfeón Donostiarra; Orchestre du Festival de Lucerne

Claudio Abbado

Deutsche Grammophon- 477 5082(CD)
Référence: Mahler: Mehta-Vienne (Decca) et ce disque-ci

rating

Ils ne doivent rien n'y comprendre, les Berlinois... Pendant quinze ans, Abbado a été leur chef, période pendant laquelle il a enchaîné (surtout les dix dernières années) une série de disques parmi les plus inessentiels (Dvorak, Tchaïkovski...) qu'on puisse imaginer. Et voilà qu'arrivent coup sur coup, le DVD TDK du concert génial du Philharmonique de Berlin donné à Palerme en mai 2002 (Brahms/Dvorak) et, aujourd'hui, cet incroyable CD réalisé à partir de concerts donnés à Lucerne en 2003.

L'orchestre est composé ad hoc, pour le festival, de musiciens qui avaient envie de faire de la musique avec Abbado. Quelques noms: Renaud Capuçon et Lukas Hagen dans des violons menés par Kolja Blacher; Natalia Gutman, Clemens Hagen et Gautier Capuçon en violoncellistes de rang (une section de "malades", comme en témoigne "Dialogue du vent et de la mer"); Emmanuel Pahud à la flûte; Sabine Mayer à la clarinette; Reinhold Friedrich à la trompette, le tout autour d'une ossature majoritairement berlinoise.

Une section de la notice s'intitule "Faire de la musique en toute amitié". Ça peut paraître bizarre, mais cela se perçoit à l'écoute. Finis la routine d'une saison à assumer, les programmes fixés longtemps à l'avance, l'orchestre auquel on n'a plus rien à dire: ici tout le monde est là pour tout donner, pour célébrer la musique.

Et, je vous l'assure, à commencer par La Mer, c'est vraiment un moment de musique hors du commun, du niveau d'inspiration et d'excitation des grands concerts de Munch ou Svetlanov, avec en plus un orchestre "idéal" (capté parfois à la loupe, mais de manière spectaculaire). L'écoute de La Mer vous laissera complètement pantois. Il y a d'abord le sens du mouvement, dès les premières notes; ces flux-reflux qui animent toute l'interprétation. Ensuite, il faut parler de l'invention sonore: ce que font flûtes, hautbois cor anglais et clarinettes à la fin du 1er mouvement est somptueux, même si la phrase après les quatre premières notes méritait encore plus de soutien. Il y a aussi ce hautbois dans son solo éblouissant de "Jeux de vagues" (chiffre 25 pour les spécialistes, vers 2'30) et, évidemment, le "Dialogue..." avec des cordes graves littéralement possédées, qui en viennent même à taquiner les trompettes à l'extrême fin. Abbado a toujours été un debussyste raffiné (cf. les Nocturnes au début de sa carrière discographique), mais, là, il ajoute le panache à la science et, surtout, à une sorte de jouissance des sons et du mouvement (cf. la gradation dans jeux de vagues avec des portamentos très osés des violons).

Si Debussy a toujours réussi à Abbado, on n'en dira pas de même pour Mahler, qui lui a valu des déboires au concert comme au disque, même si le chef italien est revenu sans cesse vers ce compositeur avec, enfin, un premier succès, dans une 9e Symphonie en concert à Berlin, il y a quelque temps. C'est dire que cette Symphonie Résurrection est une surprise... sauf pour ceux qui auront écouté La Mer auparavant. Comme La Mer, la 2e Symphonie de Mahler bénéficie d'un état de grâce orchestral absolu. Mais il serait bien vain s'il n'y avait l'interprétation à la fois réfléchie et rageuse d'Abbado (la section orchestrale -avant l'entrée du chœur- du Finale est un pur festin). Peut-être le chef se sent-t-il rescapé de la maladie, peut-être la prise de recul l'a-t-elle transfiguré: en tous cas, on est frappé par la concentration, la profondeur de cette Résurrection. Tout y est organisé pour que la musique circule les pupitres de l'orchestre. La sagesse d'Abbado lui permet d'éviter les temps morts, alors que ses interprétations mahlériennes étaient si souvent séquentielles, jadis. Elle l'amène aussi à doser très justement les dynamiques (il n'en rajoute jamais; cf. le début de la symphonie) et à trouver ça et là de beaux contre-chants, judicieux et jamais chichiteux. D'ailleurs l'expression est très sobre, comme en témoignent le tact des thèmes "féminins", la pulsation idéale du 2e mouvement et le tempo allant accompagnant le solo convaincant de Madame Larsson. Les prestations vocales sont excellentes (enfin une soprano sûre d'elle qui chante totalement juste!), même si les ténors du chœur sont ponctuellement trop durs sur "Bereite dich".

Si je voulais schématiser la version d'Abbado, qui se hisse au niveau de la référence signée par Mehta à Vienne, je dirais qu'elle se fonde sur une lecture du texte aussi approfondie que celle de Kaplan-Vienne, mais avec la vie et l'enthousiasme en plus.

C'est un disque aussi majeur qu'inattendu que nous propose donc Abbado, qui, si ça continue, va devenir le chef dont on guettera dorénavant en priorité les nouveaux enregistrements! Qui l'eut cru?

--Christophe Huss

Les 10/10 du mois
NO Picture Un mois de nouveautés
Au crible aujourd'hui

Search Reviews
QUI SOMMES NOUS? | LE COIN MÉDIAS | NOTATION: MODE D’EMPLOI | POURQUOI CLASSICSTODAY FRANCE?

© 2005 Classicstoday-France.com.
Tout droits de reproduction pour tous pays réservés à Classicstoday-France.com.