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HECTOR BERLIOZ
Les Troyens

Susan Graham (Didon); Anna Caterina Antonacci (Cassandre); Gregory Kunde (Enée); Renata Pokupic (Anna); Ludovic Tézier (Chorèbe); Laurent Naouri (Narbal/Grand Prêtre); Mark Padmore (Iopas): Stéphanie d'Oustrac (Ascagne); Topi Lehtipuu (Hylas)


Monteverdi Choir; Choeur du Theâtre du Châtelet; Orchestre Révolutionnaire et Romantique

John Eliot Gardiner

BBC - Opus Arte- 3 DVD OA 0900D(DVD)
Référence: ce DVD-ci

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Voilà un objet artistique sain et jubilatoirement anachronique dans un monde de zapping et de prêt à consommer. Quand elle est le fruit de choix particulièrement courageux, une réalisation aussi réussie n'en fait que plus chaud au cœur. Qui aurait cru a priori qu'une retransmission en direct sur les écrans de télévision français de l'opéra fleuve de Berlioz, Les Troyens, puisse même exister? Et pourtant, cela fut un événement marquant. Car le spectacle du Châtelet rend cet opéra tangible, accessible, compréhensible, essentiel. Nous en disposons aujourd'hui en DVD: fêtons l'événement!

Cette représentation de 2003 fait suite à la première intégrale française, donnée en 1987 à Lyon. La seule adaptation réalisée par Gardiner concerne la fin de l'œuvre, où le chef enchaîne la mort de Didon, le chœur de haine des Carthaginois et la prophétie de Clio, la muse de l'Histoire, chantée par l'esprit de Cassandre qui dit "ce qui fut Troie est à présent Rome". Il s'agit d'un bricolage à partir du final original, mais très écourté. Pour le reste, la partition est préservée selon les préceptes de édition critique.

Au-delà du texte, c'est l'esprit de l'interprétation, et de tout le spectacle, qui frappe. D'abord les couleurs, extraordinaires, des cuivres et bois, pour lesquels Gardiner est allé chercher des instruments de l'époque de Berlioz. Il les met en valeur au sein d'un effectif aux dimensions idéales, mené d'une baguette vive, limpide, mordante et cursive. Le point de départ esthétique semble être de faire apparaître le compositeur comme un héritier de l'opéra français. Berlioz (en 1858) devient à sa manière continuateur de Rameau et Gluck. Jamais il n'apparaît cousin de Meyerbeer (Le Huguenots, 1836) et de ses avatars allemands (Rienzi, 1842). Berlioz est sur une autre voie, une autre tradition, à laquelle il greffe son propre génie. Ce parti pris est très audible, tant Gardiner fuit toute épaisseur, tout gigantisme, dans les textures comme dans le geste.

Ce choix se reflète aussi sur la distribution. Qu'on n'attende pas ici une juxtaposition de stentors vocaux qui "poussent" leur partie en essayant de passer l'orchestre au mieux. C'est ici, à tous les points de vue (jusque dans la scénographie simple belle et éloquente de Yannis Kokkos), un spectacle à taille humaine. Les personnages interagissent étroitement et ce n'est pas un hasard si l'acte 4, avec son duo d'amour sublime entre Enée et Didon, en est l'un des moments les plus marquants.

La Didon de Susan Graham monte en puissance dramatique tout au long du spectacle, pour culminer dans un 5e acte enflammé, même si vocalement fatigué. Gregory Kunde, qui eut été dans d'autres représentations un peu trop "juste", s'intègre très bien dans cette conception, habité par son personnage. Les autres chanteurs sont tous très méritoires (la prestation de Renata Pokupic en Anna est à considérer dans le contexte esthétique général), avec un petite déception pour Laurent Naouri, plutôt fatigué, qui tend à chanter un peu dans sa barbe. Par contre, Tézier et Padmore sont brillants. J'ai gardé pour la fin le miracle de la soirée, l'incarnation brûlante d'Anna Caterina Antonacci en Cassandre. Ce que cette chanteuse donne sur scène est émouvant et remarquable. Sa prestation marque indéniablement la représentation.

Revenons rapidement à la mise en scène de Yannis Kokkos, qui séduit par l'ingénieux dispositif des actes I et II (un miroir incliné surplombe et renvoie l'image de la scène); la belle abstraction de l'acte 5 (un escalier sur lequel finira Didon en lieu et place du bûcher), la lumière de Carthage à l'acte 3. Qu'on n'attende pas ici une spectaculaire entrée du cheval: Kokkos aime le suggestif... Parmi les "moins": les hideux costumes contemporains de soldats qui semblent sortir d'un surplus de l'armée et l'image un peu naïve "d'université d'été maçonnique" du peuple de Didon à l'acte 3.

La mise en forme DVD est somptueuse: éclairages parfaits, image d'une définition superlative, couleurs éclatantes, absence de saccades dans les images, son DTS naturel, malgré des duretés et une certaine distance de l'orchestre (cela frappe au début, puis on s'y fait). Le spectacle est complété par un documentaire clair et bien monté, qui donne des éclairages pertinents sur l'œuvre et le spectacle. Un "bonus" tout à fait en situation pour une très importante parution.

--Christophe Huss

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