Si certaines faiblesses parmi les solistes occasionnent quelques contrariétés à l'écoute de la Messe en si de Bach par Celibidache, si les reproches adressés à son Requiem de Fauré sont essentiellement d'ordre stylistique, je serai bref sur ce Requiem de Verdi.Certes, Celibidache débusque dans l'œuvre quelques moments saisissants, par exemple dans le Libera me et, surtout, à l'extrême fin de l'Offertoire. Mais l'écoute de l'ensemble ne peut être qualifiée autrement que d'éprouvante. En effet, les quatre solistes redoublent d'efforts pour chanter "presque juste", attaquer leurs notes trop bas, se composer des personnages mal taillés pour eux (la soprano dans Libera me) et vibrer à qui mieux-mieux (les hommes!). Dans la discographie je connais peu de quatuors plus excécrables, même si, le concert avançant, les deux voix féminines font de louables efforts (cf. Agnus Dei). Mais le cas des hommes est irrémédiable, tant du point de vue stylistique que vocal. La "performance" de Peter Dvorsky, notamment, se situe quelque part entre Carlo Bini (Païta) et Veriano Luchetti (Solti II), c'est à dire à peine au dessus du zéro absolu.
Ainsi, l'ensemble est difficilement supportable, même si la direction chorale de Celibidache est intéressante (mais le chœur n'a pas encore tout intégré de la vision du chef; cf. l'attaque dure de "Te decet" dans le Kyrie, alors que Celibidache y vise la douceur) et si, dans ces 1h42', il y a quelques instants vibrants (Celibidache a vraiment recherché la spiritualité de Verdi). Les solistes ne sont pas "un élément parmi d'autres" du Requiem de Verdi; ils en sont le viatique. C'est pour cela que l'idée d'autoriser la publication discographique de ce concert-là m'apparaît plus que contestable.
Le plus fort dans l'histoire est que, dans la notice d'un tel disque, on ose évoquer le fait que Celibidache "s'orientait au principe d'une vérité musicale intersubjectivement accessible"! Et l'incurie vocale? Elle est aussi véritablement "intersubjective"?