ClassicsTodayFrance.com - L'actualité CD, SACD & DVD classique
Search Reviews
Pourquoi Classicstoday-France
L'edito de Christophe Huss
Les nouvelles du disque
Nos annonceurs
Accueil


GAETANO DONIZETTI
Lucie de Lammermoor

Patrizia Ciofi (Lucie); Roberto Alagna (Edgard); Ludovic Tézier (Henry); Marc Laho (Arthur); Nicolas Cavalier (Raymond); Yves Saelens (Gilbert)

Choeur et Orchestre de l'Opéra National de Lyon

Evelino Pidò

TDK- DV-OPLDL(DVD)
Référence: Aucun

rating

Ceux qui, comme nous, ont vu cette production à Lyon comme à Paris en janvier et juin 2002, risquent fort de ne pas la reconnaître, au moins visuellement. En effet, la magie de la réalisation (restauration?) télévisuelle de Don Kent camoufle avec un art et un goût consommés l'affligeante banalité d'une production misérabiliste et souvent hideuse, à force de gros plans inspirés et avec l'aide d'une photographie de grande classe. Celle-ci recentre l'action sur les rouges sang (celui des gibiers éventrés ou de la robe maculée de Lucie) et noirs d'encre de costumes (fort beaux), d'accessoires et de décors voués aux seules heures nocturnes, dessinant, à travers l'éclat sourd des cuirs et des cuirasses, un XVIIe siècle écossais barbare et sanguinaire que l'adoption de la version française de 1839 rend encore plus proche de l'original de Walter Scott.

Plus intelligible, plus explicite que la version italienne antérieure, cette mouture étoffe les rôles de l'homme de main Gilbert (Normanno dans la version italienne), présenté comme la cheville ouvrière du drame, comme du pâle Arthur, dont l'impact et les affects apparaissent considérablement plus riches, alors que l'aumônier Raymond, inutile à l'action, disparaît presque et la confidente Alisa tout à fait. Les modifications musicales, peu substantielles, touchent essentiellement l'air de Lucie au I, complètement différent (à beauté égale), le duo entre Lucie et l'aumônier au II, supprimé et quelques raccords ici ou là, l'instrumentation demeurant inchangée. Dès lors, plus encore que dans la version italienne, c'est la soprano, seul élément féminin dans un monde de brutes névrotiques, qui focalise toutes les attentions et cristallise l'émotion.

C'est à Patrizia Ciofi qu'échut la lourde tâche de suppléer à Natalie Dessay, souffrante, qui n'assura que l'enregistrement en CD (Virgin) avec la même distribution. La silhouette, anorexique, livide, aux allures de biche aux abois, comme sortie de l'univers de Pina Bausch, campe de façon idéale une victime absolue, dont l'équilibre mental semble déjà fort ébranlé dès la première note. Cette apparente fragilité nourrit un chant d'une beauté transcendante, alliage miraculeux de sécurité et de subtilité, sculptural et expressif jusque dans l'effort extrême, et une incarnation mémorable d'énergie et d'étrangeté, culminant dans un duo du II et une scène de la folie spasmodiques, osant l'impudeur, l'obscénité presque. Le triomphe légitime de la diva, captée dans son meilleur emploi jusqu'ici, justifie à lui seul l'édition du DVD, asseyant sa suprématie sur une Dessay, au moins au disque et à l'époque, un peu gênée aux entournures.

Les partenaires masculins, sacrifiés par une direction d'acteurs inexistante, brillent surtout par leurs qualités vocales pures. Alagna en premier lieu, dont la somptueuse plénitude de timbre s'altère de légers effets hors style (accents et décibels superflus, aigus trop ouverts, glissades et appoggiatures un rien débraillés) pour dessiner un personnage à l'éclatante -et grassouillette- virilité, souvent déplacée dans un contexte aussi morbide et face à une soprano aussi classieuse à laquelle il ne s'accorde jamais. Un jeu scénique terrifiant d'absence et de gaucherie (a-t-il assisté aux répétitions ?), une indifférence totale à ses partenaires (ce qui confine à la muflerie s'agissant de Ciofi) irritent face à tant de moyens, une prononciation superlative et une conduite vocale si sure (le grand air du III est admirable). On en dira presque autant de Ludovic Tézier, souvent potiche et caricatural (les roulements d'yeux!) mais de belle prestance et de ligne soignée, dans le droit fil de la haute école des barytons français. Marc Laho est excellent en Arthur, Nicolas Cavallier plus fade (et souvent regrettablement voilé) en Raymond et Yves Saelens assez brutalement fonctionnel en Gilbert.

Pidò dirige de façon inégale, alternant virtuosités, timidités et lourdeurs, un excellent orchestre de Lyon (mention aux cors solistes) mais des chœurs insuffisamment fournis et peu homogènes. L'image, fort sombre, demeure cependant remarquablement définie grâce à une excellente compression (les noirs ne "pompent" pas), et le son équivaut à celui du CD, préservant, voire magnifiant une émotion qui n'atteignait pas ce degré à la scène. Un beau produit, excellemment fabriqué, et l'occasion unique de découvrir avec Ciofi l'une des Lucie les plus bouleversantes qui soient.

--Pascal Brissaud

Les 10/10 du mois

Un mois de nouveautés
Au crible aujourd'hui

GIOVANNI GABRIELLI
Sacrae symphoniae a 8 - Sonata pian' e forte, Canzon septimi toni
FRANCESCO GEMINIANI
Concerto grosso op. 3 n° 2
GIOACCHINO ROSSINI
Stabat Mater
Nadia Stefan-Savova (soprano); Julia Hamari (mezzo); Veriano Luchetti (ténor); Ruggero Raimondi (basse)
Choeur Ernst-Senff; Orchestre philharmonique de Berlin
Carlo Maria Giulini
Testament

PIOTR ILIYCH TCHAÏKOVSKI
Symphonie n° 1 "Rêves d'hiver", Capriccio italien
Deutsche Radio Philharmonie
Christoph Poppen
Oehms Classics

ANTONIO SALIERI
Requiem en ut mineur (1804)
LUDWIG VAN BEETHOVEN
Meerestille und glückliche Fahrt
FRANZ SCHUBERT
Offertoire en si bémol D. 963
Choeur et Orchestre Gulbenkian
Lawrence Foster
PentaTone

LUIGI BOCCHERINI
Symphonies n° 3, 8 et 21 (G. 503, 508 et 515)
London Mozart Players
Matthias Bamert
Chandos

FELIX MENDELSSOHN
Le Songe d'une nuit d'été (musique de scène intégrale avec texte parlé - anglais)
Jenny Wollerman; Pepe Becker (sopranos); acteurs divers
Varsity Voices; Nota Bene; Orchestre symphonique de Nouvelle-Zélande
James Judd
Naxos

Search Reviews
QUI SOMMES NOUS? | LE COIN MÉDIAS | NOTATION: MODE D’EMPLOI | POURQUOI CLASSICSTODAY FRANCE?

© 2005 Classicstoday-France.com.
Tout droits de reproduction pour tous pays réservés à Classicstoday-France.com.