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ROLANDO VILLAZÓN
CHARLES GOUNOD
Airs extraits de: Faust; Mireille; Romeo et Juliette; La Reine de Saba; Polyeucte
JULES MASSENET
Airs extraits de Manon; Werther; Le Cid; Grisélidis; Roma; Le Mage

Rolando Villazón (ténor);
Natalie Dessay (soprano)

Orchestre philharmonique de Radio-France

Evelino Pido

Virgin Classics- 5 45719 2(CD)
Référence: aucune avec un programme aussi inventif

rating

Après la réussite de son premier récital, entièrement voué au répertoire italien, Rolando Villazón s'attaque à des aspects connus et méconnus de l'opéra français. Il faut d'ailleurs saluer ce programme comme un événement culturel en soi: pour la première fois tout un CD (à paraître en France le 9 mars 2005) est consacré à Gounod et Massenet!

Du premier, on entendra les pages les plus attendues de Faust, Roméo et Juliette et Mireille, ainsi que les Stances de Polyeucte, qu'avaient notamment enregistrées Luccioni et Alagna, mais aussi le grandiose air d'Adoniram, de La reine de Saba, dont la seule gravure hors intégrale figurait dans un récital (33t) de Gustave Botiaux, dans les années 60 (cet air excède d'ailleurs un peu la pointure de notre homme…). Pour Massenet, c'est la même chose. De grands airs de Manon et Werther, mais aussi des pages moins connues du Cid ("Ô souverain, ô juge , ô père", que chantait si bien Georges Thill), de Grisélidis, du Roi de Lahore et, raretés des raretés, deux extraits de Roma et du Mage, ce dernier air n'ayant été gravé qu'une seule fois, en 1906, par Edmond Clément.

Ce répertoire qui fut longtemps négligé ou mal chanté, n'a rien à envier en qualité au répertoire italien, lorsqu'il est interprété correctement. Pour Faust ou Werther, cela se savait mais Roma ou La Reine de Saba ne valent pas moins. La partition propose au chanteur imaginatif une large gamme d'états affectifs, une caractérisation psychologique très variée qu'assume parfaitement Rolando Villazón, très à l'aise dans tous ces rôles. En outre la partie orchestrale est généralement d'un grand raffinement harmonique et instrumental.

La base physique et technique du travail de Rolando Villazón est incontestablement ultramontaine. Il porte le soleil dans la voix, comme Domingo en son temps. Le timbre peut être éclatant, l'aigu insolent de vigueur et de facilité et l'ampleur du volume sonore peut se prêter à d'impressionnants effets. Heureusement, tout en gardant "sous la pédale" de gros moyens, le ténor mexicain est un homme d e goût. D'abord, il n'écorche pas la langue; sa prononciation est parfaitement claire et châtiée, même s'il n'atteint pas encore tout à fait la diction élégante et juste d'un Gedda ou d'un Alagna (mais il est, sur ce point, très supérieur à Domingo et à Kraus).

Dans plusieurs de ces airs, la beauté du lyrisme repose sur l'art du souffle, qui permet de livrer une belle mélodie dans un long phrasé de violoncelle. Ici, Villazón atteint un très haut niveau artistique. Que l'on écoute par exemple la magnifique stance de Polyeucte, il s'y montre souverain. Mais ce n'est pas seulement une question de souffle, le phrasé se fonde sur un art du dégradé dans le timbre et le volume, qui rend la courbe musicale vivante. Les moyens de Villazón sont immenses. Combien de ténors, aujourd'hui comme autrefois pourraient se permettre ce diminuendo ineffable sur la dernière note de la cavatine de Roméo et Juliette? Cela suppose une parfaite maîtrise belcantiste et cela nous montre a posteriori que le malheur de ces opéras français de la seconde moitié du XIXe siècle fut incontestablement la disparition de la tradition belcantiste qui rendait les chanteurs impropres à interpréter correctement un répertoire qui, dans l'idéal, réclamait une technique déjà révolue.

Même dans les airs les plus connus, comme le "Rêve de Des Grieux" de Manon, cent fois enregistré, on aura rarement entendu une telle qualité dans l'art confidentiel de rêver en chantant. Les quelques brèves répliques que lui donne Natalie Dessay montrent bien quelle formidable Manon on aurait si l'on les réunissait dans une intégrale. Avec cela, Evelino Pido dirige l'Orchestre philharmonique de Radio-France avec lyrisme et raffinement dans les alliages de timbres.

Voici donc un récital de très haut niveau, presque un manifeste pour l'opéra français.

--Jacques Bonnaure

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